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Comment les nouveaux modes de distribution peuvent-ils faciliter l’accès à une alimentation durable ? 

Anne-Cécile Brit

MOTS-CLÉS : ZÉRO DÉCHET, VRAC, E-COMMERCE, CHANGEMENT D’ÉCHELLE

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NOS POUBELLES À MOITIÉ VIDES OU À MOITIÉ PLEINES ?

La France a produit 345 millions de tonnes de déchets en 2012 (ADEME et In Numeri, 2016). D’un côté, des progrès importants ont été observés ces dernières années pour réduire la quantité de déchets et mieux les traiter, notamment grâce au Programme national de prévention des déchets (2014-2020). Mais de l’autre côté, un tiers seulement des déchets est effectivement valorisé ou recyclé (Chibani-Jacquot, 2017).

Ces déchets ont un impact environnemental, aussi bien lorsqu’ils sont incinérés (production de CO2, dioxine, furane, métaux lourds, etc.) que lors-qu’ils sont mis en décharge (pollution des sols et des nappes phréatiques). Ils ont de plus un impact sur la santé humaine, mais aussi économique, puisqu’environ 14 milliards d’euros sont dépensés chaque année pour la gestion publique des déchets en France (Chibani-Jacquot, 2017).

Les déchets ménagers

Si nous regardons de plus près les déchets ménagers [1], nous constatons que leur volume a presque doublé en seulement quarante ans et risque d’augmenter avec l’accroissement de la population, l’accélération de la consommation et l’augmentation de l’usage des produits éphémères (jetables, suremballés, etc.) [ADEME, 2017].

Selon la dernière campagne de caractérisation des ordures ménagères de l’ADEME, menée en 2007, nos poubelles sont composées pour plus de 30 % de déchets putrescibles, mais aussi de métaux, plastique, verre (26 %) ou encore cartons et papiers (21 %) [Figure 1].

Ces derniers éléments proviennent notamment des emballages, qui représentaient 32 % des ordures ménagères résiduelles et collectes séparées en 2007.

Les emballages, quel est le problème ?

Les emballages représentent une part non négligeable de nos déchets. Ils proviennent largement du secteur alimentaire : 84 % des emballages jetés par les ménages en 2012 sont des emballages alimentaires (ADEME et al., 2017).

Ces emballages, bien qu’ayant un rôle avéré de protection des aliments (ADEME et Mes courses pour la planète, 2012), font l’objet de nombreuses controverses (Fournier, 2016).

D’un côté, les emballages sont de mieux en mieux triés et recyclés, notamment grâce à la mise en œuvre de la filière dite « responsabilité élargie du producteur » (REP). Les industriels travaillent également à l’optimisation du ratio entre emballage et contenu pour diminuer le poids total des emballages (ADEME et al., 2017).

D’un autre côté, les emballages ne peuvent pas être systématiquement recyclés du fait d’une com-position dans certains cas inadaptée aux filières de recyclage (France Nature Environnement, 2017). En outre, ils peuvent avoir un impact sur notre santé via le transfert de molécules, et ils sont à l’origine d’un gaspillage important des ressources puisque voués à une utilisation éphémère. Lorsqu’ils ne sont pas intégrés aux filières de collecte, ils représentent une menace importante pour la biodiversité et polluent eaux et sols en se dispersant dans la nature.

LA DÉMARCHE ZÉRO DÉCHET

Née du constat que « nos modes de production et consommation ne sont plus viables », Zéro Waste France [2], association de protection de l’environnement, propose « d’opérer ensemble un changement de paradigme, en allant bien plus loin que la simple intégration du recyclage dans notre gestion des déchets, en se donnant l’objectif de parvenir à une société zéro déchet, zéro gaspillage. L’objectif n’est pas de produire toujours plus de déchets sous prétexte qu’ils sont recyclables, mais en produire moins et gérer autrement les déchets existants ».

Cette démarche du zéro déchet, promue depuis vingt ans par Zéro Waste France, prend de l’ampleur et bénéficie aujourd’hui d’une vraie couverture médiatique, avec des blogueurs et auteurs de livres à succès comme Béa Johnson, la famille Zéro Déchet (Jérémie Pichon et Bénédicte Moret), le film « Ma vie zéro déchet » (Donatien Lemaître) ou encore l’ouverture de la Maison du zéro déchet à Paris en juin 2017. La démarche est également présente au niveau politique avec l’appel à projet « Territoires zéro déchet, zéro gaspillage » lancé par le ministère de l’Environnement et porté par l’ADEME (Ministère de la Transition écologique et solidaire, 2016).

Dans cette démarche de réduction des déchets, plusieurs actions sont mises en avant (ADEME, 2016), dont l’achat de produits sans emballage, en vrac. Cette action, simple à mettre en œuvre, permet de réduire significativement les déchets ménagers.

Le vrac, pour des aliments zéro déchet

Alors que les villes et les citoyens se mobilisent pour le zéro déchet, les épiceries en vrac fleurissent sur les territoires.

À titre d’exemple, le premier réseau de franchises d’épicerie en vrac, Day by Day, qui a vu le jour en 2014, a ouvert trente-quatre boutiques en trois ans et vingt-cinq supplémentaires sont pré-vues pour 2018 (Guéné, 2018). Un décompte pré-cis des points de vente en vrac n’est aujourd’hui pas disponible, cependant on peut noter que l’as-sociation Réseau Vrac compte cent cinquante boutiques de vrac dans le pays en début d’an-née 2018. De plus, des acteurs de la distribution « classique » s’engagent dans cette démarche plébiscitée par les consommateurs et proposent désormais des rayons dédiés à la vente en vrac.

L’achat en vrac présente de nombreux intérêts pour le consommateur. Outre l’élimination de l’emballage, ce mode d’achat permet d’acheter la quantité souhaitée de produit et de s’affranchir du coût de l’emballage qui, à qualité de produit équivalente, représenterait entre 10 et 45 % selon les produits (ADEME et Mes courses pour la planète, 2012).

La vente en vrac peut toutefois s’avérer contraignante pour le consommateur. En effet, celui-ci doit changer ses habitudes et investir dans des bocaux et sachets réutilisables. Il doit également être prêt à acheter plus de produits bruts et donc à revoir ses modes de préparation. Par ailleurs, il peut être complexe d’ajuster la quantité en versant le produit dans le sachet. Un problème se pose également pour l’appréciation du prix, car le consommateur ayant du mal à se servir la quantité souhaitée, il peut avoir des difficultés pour estimer le prix qu’il va devoir payer.

Vrac et bio, vrac et local, quelles relations ?

« L’achat en vrac est souvent présenté comme un geste écologique et citoyen, mais les produits qui y sont vendus le sont-ils ? » (Guéné, 2018).

Une association entre vente en vrac et produit responsable écologiquement ou socialement peut facilement être faite dans l’esprit du consommateur, alors que ce n’est pas systématiquement le cas. En effet, les enseignes qui proposent du vrac peuvent offrir des produits 100 % bio et locaux, en partie bio, comme c’est le cas pour l’enseigne Day by Day, ou même des produits 1er prix, comme certains acteurs de la grande distribution. Pour bénéficier de la bonne image du vrac, les enseignes jouent sur l’ambiguïté ; dès lors, « pour le vrac comme ailleurs, la vigilance sur la traçabilité du produit est plus que jamais de mise » (Guéné, 2018).

VRAC’N ROLL, PREMIER E-COMMERCE ZÉRO DÉCHET


Convaincue par la démarche zéro déchet, Sarah Benosman [Figure 2] a fondé Vrac’n Roll en avril 2016 à Lyon en partant de sa propre expérience : « Je n’arrivais pas à me mettre au vrac, je trou-vais que les magasins ne faisaient rien pour le faciliter, ça prend trop de temps. Quand vous achetez quelque chose, il n’y a pas d’étiquette, il y des problèmes d’hygiène… » (Benosman, 2018).

Vrac’n Roll a ainsi pour vocation de proposer une solution pratique et simple pour passer au zéro déchet, grâce à une offre e-commerce de produits en vrac et biologiques, livrés à domiciles dans des contenants consignés.

Depuis mars 2017, l’équipe de la start-up est basée à Villeurbanne (près de Lyon). Elle est composée de la fondatrice, Sarah Benosman, ingnieure designer qui a travaillé sept années dans le conseil en écoconception, de Juliette Omont, ingénieure en alimentation et santé, qui se charge du référencement des nouveaux produits et de la gestion de la qualité et de la traçabilité, de Lara Deloche, diététicienne, chargée d’innovation culinaire et de communication, ainsi que d’une personne qui s’occupe de la préparation des com-mandes et de la livraison.

Les engagements de Vrac’n Roll

Vrac’n Roll est fortement engagée dans la promotion d’une alimentation de qualité, zéro déchet et accessible. Voici ses engagements :
→ démocratiser la consommation en vrac en la rendant plus pratique ;
→ un service complet de consigne ;
→ du bon et du bio pour tous, acheté en France ;
→ des prix attractifs et transparents : jusqu’à 50 % moins cher que du bio pré-emballé ;
→ un mode de livraison propre ;
→ une réutilisation au maximum à tous les niveaux (cabas, cartons, sachets, etc.) ;
→ un site web éco-conçu de par l’optimisation des images et l’ergonomie du site.

Le fonctionnement général

Le fonctionnement de Vrac’n Roll est similaire à celui de nombreux sites de e-commerce. Les étapes pour passer commande sont les suivantes :
1) choix des produits et de la quantité souhaitée : les produits sont proposés en bocaux consignés de différentes tailles ou en sachets. Pour chaque produit sélectionné, le prix est connu immédiatement, rendant le processus d’achat plus aisé qu’en magasin ;
2) règlement ;
3) livraison ou retrait directement dans les locaux de Vrac’n Roll (Villeurbanne) ;
4) lors de la commande suivante, les bocaux sont retournés directement au livreur ; il est également possible de les ramener dans les locaux de Vrac’n Roll.

Une offre qui s’étoffe

Tous les produits proposés par Vrac’n Roll sont certifiés biologiques, c’est une des valeurs essentielles mises en avant par Sarah Benosman, qui souhaitait avant tout proposer des produits de qualité. Beaucoup de consommateurs associant de fait bio et vrac, le choix du 100 % bio permet de proposer une offre cohérente et transparente aux clients (Dehorter, 2018).

Au lancement de Vrac’n Roll, l’offre comprenait cent quarante produits d’épicerie sèche : légumineuses, fruits secs, sucres, céréales, etc. La volonté initiale était de faire grandir cette offre en restant constamment à l’écoute des clients via leurs retours sur les produits, des soirées évènements et les réseaux sociaux. Aujourd’hui, l’offre s’est étoffée et compte plus de trois cents pro-duits [Figure 3].

À l’épicerie sèche, se sont ajoutés des kits de préparations à base de produits secs (appelés cookits, et constituant une base de plat ou de des-sert), puis les huiles et vinaigres. Au cours de l’été 2017, les fruits et légumes sont venus compléter l’offre, ils constituent un changement important en termes d’organisation, mais étaient plébiscités par les clients.

En fin d’année 2017, un partenariat avec la Biocoop du Gros Caillou (1er arrondissement de Lyon) a permis d’ajouter des produits non-vrac de consommation courante (confiture, compote, lait, pain, papier toilette, etc.). Ces produits ne peuvent aujourd’hui pas être proposés en vrac (en raison de l’absence de fournisseurs ou de la complexité de la gestion de la durée de vie), mais ils étaient souhaités par les clients.

La consigne

Les produits en vrac sont proposés dans des bocaux en verre de différentes tailles ou dans des bouteilles teintées. Sur l’étiquette de chaque produit, on trouve de nombreuses informations : nom du produit, origine, composition, temps de cuisson (si applicable), etc.

La consigne est offerte pendant deux mois, au-delà, elle est prélevée automatiquement au client et remboursée lorsque les bocaux sont restitués. Ce processus permet de démarrer le vrac facilement, sans nécessité d’investir.

Il est aussi possible de sélectionner des sachets en papier kraft recyclables. Les sachets sont facturés entre 0,10 € et 0,30 € selon la taille, pour chaque sachet 0,10 € sont reversés à l’association Zéro Déchet Lyon.

La livraison

La livraison est aujourd’hui possible sur Lyon et Villeurbanne en semaine de 19 heures à 21 heures et le vendredi entre 15 heures et 17 heures. Ces horaires ont été sélectionnés car ils conviennent particulièrement aux personnes actives.

La livraison est facturée 8,50 € TTC, ce qui permet au client de connaître son prix et de ne pas le diluer dans celui des produits. Elle s’effectue en vélo ou véhicule électrique par une employée de Vrac’n Roll. Le nombre et le volume croissants des commandes entraînent plus de livraisons en véhicule électrique.

Les produits sont livrés dans des sacs cabas fabriqués avec 80 % de fibres recyclées, qui sont réutilisés et réparés aussi longtemps que possible puis recyclés en fin de vie.

La charte qualité

Pour répondre aux exigences des consommateurs et proposer des produits toujours sûrs, Vrac’n Roll a choisi de se doter d’une charte qualité exigeante et transparente. Celle-ci met en avant les forces du e-commerce dans le domaine du vrac, car ce mode de distribution permet de s’affranchir de difficultés inhérentes à la vente de vrac en magasin.

Cette charte répond aux points problématiques récurrents dans de nombreux points de ventes en vrac, notamment en matière d’hygiène (préparation des commandes dans une zone spécifique), de lutte contre les nuisibles (stockage des produits 24 heures au congélateur pour tuer d’éventuels œufs), de préservation des arômes et des saveurs (faible stock) et particulièrement de traçabilité.

Ce dernier point est particulièrement important, car il est complexe de mettre en place une traçabilité efficace en magasin de vrac classique.

Chez Vrac’n Roll, sur chaque produit préparé, l’étiquette mentionne les différents allergènes, le numéro de lot et les informations utiles concernant le produit comme le temps de cuisson. Les rayons de la zone de préparation sont organisés de manière à limiter la contamination croisée. À chaque changement de lot, les ustensiles de préparation sont changés ; ainsi, en cas de souci sur un lot, Vrac’n Roll pourra communiquer la procédure à suivre aux clients ou bien faire une réclamation à son fournisseur.

Les fournisseurs

Les fournisseurs de Vrac’n Roll sont sélectionnés selon cinq critères principaux :
→ la certification biologique ;
→ la capacité à vendre en vrac, c’est-à-dire en grosses quantités avec le minimum d’emballage possible ;
→ la qualité et le goût : ces éléments sont évalués aussi bien par l’équipe que par les clients via des échanges informels ;
→ le prix : l’objectif étant de proposer des produits moins chers que l’équivalent emballé pour maintenir l’attrait de l’achat en vrac ;
→ la provenance : les producteurs et transformateurs français sont privilégiés au maximum dans la limite d’un rapport qualité / prix intéressant et de la disponibilité du produit.

Vrac’n Roll étant une petite structure, il est complexe, en termes de moyens financiers et humains, pour cette structure de réaliser un audit de ses nombreux fournisseurs, d’autant plus qu’elle passe par des intermédiaires pour plusieurs produits. Pour choisir ses fournisseurs, elle se base sur leur référencement par de grandes enseignes spécialisées dans le bio, qui partagent ses valeurs et ont la capacité de réaliser des audits et d’inciter à des pratiques plus durables. De plus, elle tient compte des labels et certifications ajoutés à la certification biologique, comme la certification équitable, par exemple pour le café. Pour s’assurer d’une juste rémunération des producteurs, Vrac’n Roll fait le choix de ne pas négocier le prix proposé.

Les déchets générés par les fournisseurs sont une des préoccupations de Vrac’n Roll, qui cherche à se faire livrer les produits avec le moins d’emballage possible et un emballage recyclable. Un travail d’optimisation avec eux est envisagé à terme, mais n’est pas prioritaire, d’autant plus qu’ils sont déjà sélectionnés sur la faible quantité d’emballage de leurs produits.

Pour les distributeurs de vrac comme Vrac’n Roll, il serait très intéressant d’être livrés dans des contenants consignés, mais ceci nécessiterait de repenser la chaîne d’approvisionnement dans son ensemble. Avec l’augmentation du nombre de distributeurs en vrac, la demande pour des produits zéro déchet tout au long de la chaîne d’approvisionnement va se renforcer, ce qui permettra aux fournisseurs et aux distributeurs d’échanger pour parvenir à des solutions zéro déchet optimales.

VRAC’N ROLL A-T-ELLE RELEVÉ LE DÉFI CONSISTANT À RENDRE PLUS ACCESSIBLE L’ACHAT EN VRAC ?

Une réponse à de nouvelles pratiques

Vrac’n Roll s’insère complètement dans les nouvelles habitudes d’achat en ligne. Aujourd’hui, 86 % des français ont accès à internet et 85 % des internautes achètent en ligne (Hoibian et al., 2016). Le secteur alimentaire est concerné par ces nouveaux modes d’achat, la majorité des français considérant les courses comme une tâche contraignante. 21 % des acheteurs ont fait le choix d’ache-ter des produits alimentaires sur Internet en 2017. Ce type de consommation est en plein essor : 13 % des français ont effectué des achats alimentaires en ligne plus fréquemment en 2017. Le drive est l’exemple le plus important du succès de la vente alimentaire en ligne, un français sur quatre a déjà expérimenté ce mode d’achat (Lustrat, 2018) !

En proposant des produits qui n’étaient jusqu’alors pas proposés à la vente en ligne : en vrac et biologiques, Vrac’n Roll innove et touche une clientèle qui ne trouvait pas d’offre adaptée.

Des clients au rendez-vous

Avec son offre innovante, Vrac’n Roll a su convaincre : en un an, le nombre de client est passé de soixante-dix à six cents environ et l’augmentation s’accélère. Plus d’un client sur deux passe une nouvelle commande et ce chiffre est en évolution positive (Benosman, 2018).

Le cœur de clientèle est constitué de des femmes actives, entre 30 et 40 ans, majoritairement en couple, avec une part de plus en plus importante de jeunes mères. Il n’y a pas à ce jour de catégorie socioprofessionnelle dominante dans la clientèle, qui est très variée en termes d’activité professionnelle.

Sarah Benosman a remarqué qu’au sein de sa clientèle, il y a souvent une raison clé dans le choix de Vrac’n Roll : le mode de vie zéro déchet ou le bio. La plupart des clients sont adeptes de l’un ou l’autre et la proposition de la combinaison des deux s’est avérée être un plus. Ceci a permis de sensibiliser au vrac les adeptes du bio et inversement.

Le témoignage d’Émilie, 31 ans, mariée et mère d’un enfant, vient appuyer le constat de Sarah Benosman : « Ça a vraiment révolutionné mon quotidien […] mon objectif c’était le zéro déchet, donc oui c’était plus le vrac, après c’est vrai que le bio est entré dans ma vie grâce à Vrac’n Roll et j’en suis très contente. »

Un e-commerce qui fait du lien

Vrac’n Roll, bien qu’étant un e-commerce, se donne les moyens d’interagir avec ses clients pour créer du lien avec eux et créer une communauté.

Il est possible de retirer les produits directement dans les locaux de Vrac’n Roll, où un showroom a été mis en place pour permettre aux clients de découvrir les produits et de les déguster. Le local favorise un contact direct avec les clients, ce qui permet d’avoir des retours directs sur les produits.

De nombreuses animations et ateliers sont également organisés pour permettre un échange autour du zéro déchet. Des ateliers sont organisés en partenariat avec l’association Zéro Déchet Lyon et sont ouverts à tous pour un coût modique (moins de 10 € généralement), ce qui permet de sensibiliser une large population à la thématique. Ils sont l’occasion de cuisiner ensemble mais également d’échanger autour du zéro déchet (couches lavables, confection de crème solaire, déodorant, etc.). D’autres évènements et ateliers sont organisés spécifiquement pour les clients de Vrac’n Roll, qui peuvent partager leurs pratiques.

Les clients et personnes intéressées peuvent également échanger via la page facebook de Vrac’n Roll sur laquelle des conseils, recettes et informations sont régulièrement postées.

QUELLES ÉVOLUTIONS ?

L’augmentation du nombre de clients et les retours positifs ont montré à Sarah Benosman et son équipe que le concept Vrac’n Roll était un succès. L’équipe souhaite désormais passer à l’étape supérieure et proposer très prochaine-ment son service dans toute la France.

Cette envie d’une entreprise à dimension nationale était présente dès la création : « Dès le départ, une de mes idées était de desservir toute la France, on peut imaginer se déployer grâce à des points relais » (Benosman, 2018).

Une campagne de crowdfunding a ainsi été lancée pendant l’été 2017 pour financer cette expansion. Elle a permis de récolter plus 7 500 €. Les fonds récoltés vont permettre de financer les frais liés à l’augmentation de l’activité : achat de matériel, augmentation du stock, etc.

La stratégie de Vrac’n Roll est dans un premier temps de de proposer une livraison partout en France. Dans un second temps, il est envisageable d’ouvrir de nouveaux locaux dans les zones de succès. Cette stratégie nécessite de faire des concessions, notamment sur la dimension locale qui ne fait pas sens avec une distribution nationale.

Le défi du changement d’échelle

La question du changement d’échelle est un véritable dilemme pour Vrac’n Roll, et plus généralement pour les entreprises à vocation durable, qui se questionnent. En effet, la plupart de ces entre-prises ont répondu aux enjeux et problématiques propres à un territoire. La question de savoir si un concept durable à petite échelle peut l’être à plus grande échelle et à quelles conditions est donc essentielle.

Ce changement représente un investissement considérable pour une entreprise et nécessite de revoir l’organisation de manière générale, car il devient essentiel d’optimiser les différentes actions. De plus, la manière d’opérer le changement d’échelle est cruciale : par le biais d’une franchise, en essaimant, en grossissant ? Chaque manière de faire présentant avantages et inconvénients en termes de gestion et de durabilité.

Fonctionnement envisagé

Pour les nouveaux clients, le fonctionnement sera très similaire au fonctionnement actuel avec seulement quelques spécificités.

Les fruits et légumes ainsi que les produits proposés en partenariat avec la Biocoop du Gros Caillou ne seront pas proposés dans toute la France pour des raisons de cohérence, les fruits et légumes étant locaux et les produits de la Biocoop disponibles en point de vente dans toute la France. Dans le futur, des partenariats locaux pour ces produits pourront être envisagés.

La réception de la commande se fera en point relais, Vrac’n Roll est en train d’identifier un partenaire logistique qui se chargera du transport et dispose de points relais dans toute la France. Ce type de livraison permet d’une part de répondre à la problématique du dernier kilomètre [3], puisque les points relais sont en général à proximité immédiate du domicile ou du lieu de travail, épargnant ainsi un trajet spécifique, et d’autre part de retirer la commande au moment désiré grâce à une large amplitude horaire. Plusieurs prestataires disposant de points relais sont actuellement étudiés, ils sont comparés sur leurs tarifs mais aussi sur le nombre et l’amplitude d’ouverture des points relais, l’attention portée aux colis et le développement de solutions écologiques de transport, en accord avec les valeurs de Vrac’n Roll.

Les commandes seront livrées dans un sac consigné, en cours de conception par Vrac’n Roll et ses partenaires et qui correspond au standard des transporteurs. Celui-ci n’aura donc pas besoin d’emballage supplémentaire, ce qui est cohérent avec la démarche zéro déchet. Il sera proposé dans une seule taille, un système de calage intégré permettra de protéger les bocaux suivant le volume de la commande.

Pour récupérer la consigne des bocaux et du sac, le client devra simplement apposer une étiquette sur le sac et le ramener en point relais.

LE VRAC DÉMOCRATISÉ ?

Un accès à tous

En proposant une offre facile et pratique de pro-duits en vrac avec la possibilité de commander sur Internet et de se faire livrer en point relais, Vrac’n Roll s’adresse à une large partie de la population.

Elle rend ainsi le vrac accessible à ceux qui n’ont pas accès à un magasin de vrac près de chez eux, aussi bien dans les zones urbaines populaires, où on trouve très peu ce type de commerces, que dans les zones rurales et à ceux qui n’ont pas le temps de s’y rendre, ou n’ont pas les bocaux ou sachets nécessaires.

De plus, on peut supposer qu’une offre comme celle-ci permet de lever le frein du jugement et des habitudes. En effet, pour faire ses courses dans un magasin en vrac, il faut savoir comment s’y prendre, car il ne suffit pas de prendre les pro-duits et de les mettre dans son caddie comme c’est le cas dans la grande distribution. Un magasin en vrac peut également sembler ne s’adresser qu’à une partie de la population, et paraître non adapté pour d’autres.

Un achat en ligne permet d’oser essayer le vrac sans ces contraintes et sans préjugés. En cela, Vrac’n Roll s’adresse à tous.

Quelques limites

En sélectionnant exclusivement des produits bio, Vrac’n Roll propose des tarifs qui ne sont pas for-cément accessibles à tous. Ce choix, qui garantit la qualité des produits, peut être limitant. Cependant, il est important de noter que Vrac’n Roll rend les produits bio plus accessibles en les vendant moins cher que leur équivalent pré-emballé. De même, le coût de la livraison peut se révéler être un frein, d’où l’intérêt du retrait dans les locaux à Villeurbanne, ce qui sera impossible au niveau national.

De plus, il semble que Vrac’n Roll s’adresse majoritairement à une population déjà sensibilisée aux problématiques environnementales, que ce soit en lien avec les produits biologiques ou la vente en vrac. Mais avec un mouvement général qui tend à mettre en valeur ce mode de consommation, on peut penser que cette population s’élargira rapidement. Par ailleurs, Vrac’n Roll poursuivra sa mission de sensibilisation dans toute la France par les canaux digitaux et le bouche-à-oreille en montrant les avantages de la démarche zéro déchet.

CONCLUSION

L’existence même de Vrac’n Roll et son succès peuvent contribuer à l’essor du zéro déchet et donc à une plus grande durabilité des systèmes alimentaires. En effet, plus il y aura de possibilités de consommer en vrac, plus cela deviendra normal et plus la filière pourra s’organiser et proposer un vrai avantage comparatif au niveau environnemental.

Ainsi, des projets d’entreprenariat comme celui-ci apparaissent indispensables pour une démarche de société globale s’orientant vers une alimentation durable et zéro déchet.

Ces projets comprennent inévitablement des limites, mais c’est bien leur complémentarité qui permettra de développer un nouveau système alimentaire durable.

Auteur : Anne-Cécile Brit


[1Les déchets ménagers sont l’ensemble des déchets générés par les ménages et collectés par le service public. Ils regroupent les ordures ménagères résiduelles (OMR) et les collectes séparées. Ils sont calculés en excluant les déchets « assimilés », c’est-à-dire les déchets des entreprises collectés par le service public ainsi que les déblais et gravats collectés en déchetterie.

[3Le terme de dernier kilomètre fait généralement référence au fait que dans le cadre d’un dispositif de livraison de commande, c’est essentiellement le dernier kilomètre « parcouru » qui est le plus difficile à optimiser, le plus coûteux et le plus impactant sur l’environnement.