Rapport au corps

Les normes d’esthétisme, liées aux injonctions culturelles, pèsent lourd sur les individus, notamment sur les femmes, et sur le rapport à leur corps. Face à la pression sociale, manger est alors un moyen de contrôler son apparence physique. Dans les sociétés occidentales, la norme de la minceur véhicule l’image d’un corps de plus en plus filiforme (des « canons dégraissés » selon l’expression de Jean-Pierre Corbeau). L’insistance des incitations, et notamment le discours médicalisant, peut conduire à des rapports conflictuels du mangeur avec son alimentation pouvant devenir pathologiques. Regroupées sous le nom de troubles du comportement alimentaire (TCA), ces pathologies mettent en évidence la place centrale de l’image du corps dans les sociétés occidentales. Penser son corps c’est aussi penser à soi et à sa relation avec le monde. Ainsi, dans l’anorexie comme dans la boulimie, la question de l’identité du mangeur et de la maîtrise de soi et de son corps par l’incorporation d’aliments, est primordiale. Cette obsession d’un corps mince ne concerne pas toutes les cultures. Les rondeurs peuvent aussi symboliser la maternité, la douceur ou encore la séduction. Ainsi, on rencontre des sociétés qui valorisent le surpoids plutôt qu’un idéal de minceur, notamment chez les nouveau-nés. Au Cameroun comme en Côte d’Ivoire, un « beau bébé » est un bébé en surpoids, signe de bonne santé et de richesse pour sa famille. Cependant, l’obésité reste mal perçue et implique un risque d’isolement social pour la mère et pour l’enfant.


5e colloque international Je suis ce que je mange ?, 2016. Conférence inaugurale - Jean-Michel Lecerf, « Changer notre alimentation : pour quoi faire ? » (à regarder entre 30:10 et 36:00)