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Par Damien Conaré
Janvier 2026
Notre 15e colloque annuel du vendredi 06 février 2026 à L’Institut Agro Montpellier sera l’occasion de réaffirmer le rôle fondamental que jouent le sensible et les émotions dans l’alimentation. À la fois pour mieux comprendre nos choix et habitudes alimentaires, nos façons de produire, acheter, cuisiner et manger, et les formes de sensorialité associées. Mais aussi pour mieux appréhender la façon dont les émotions liées à l’alimentation peuvent créer du lien social et devenir des vecteurs d’engagement et de solidarité. En somme, comment les émotions traversent aujourd’hui le vaste champ de l’alimentation ?
Et ce dans une époque marquée par des modes de vie qui s’individualisent de plus en plus. De sorte que pour mieux comprendre la société, il faudrait partir des expériences vécues par les individus, comme l’analysait Pierre Rosanvallon dans « Les épreuves de la vie » (2021). Selon lui, c’est en se fondant notamment sur les expériences vécues du mépris, de l’injustice, des discriminations et de l’incertitude que l’on peut comprendre autrement la société. Les émotions qui accompagnent ces épreuves expliqueraient en grande partie nos comportements. Ce que les différentes formes de populisme en politique ont d’ailleurs très bien compris, en captant et en nourrissant les souffrances, les colères et les peurs individuelles.
Dans le même temps, le développement des réseaux sociaux invite à la multiplication de narratifs égocentrés, à une sur-représentation de soi, voire à des formes de marchandisation des émotions quand elles sont directement intriquées aux modèles de consommation. Le marketing émotionnel en fait son miel… À cet égard, l’alimentation, support de la construction de nos identités (la nourriture ingérée structure notre vie intime), entre pleinement dans ces évolutions contemporaines : individualisation des régimes alimentaires visant l’optimisation de soi ; récits alimentaires autobiographiques ; engouement médiatique pour une cuisine donnée en spectacle divertissant ; plats devenus des objets « instagrammables » pour intensifier ses émotions alimentaires (#foodporn) ; etc.
Cela étant dit, les émotions alimentaires peuvent aussi permettre de se relier, au moins d’un point de vue sensoriel, avec ce qui n’est plus (la fameuse madeleine de Proust) ou ce qui est ailleurs. Plus encore, les émotions partagées collectivement peuvent constituer des facteurs de mobilisation : le dégoût de la maltraitance animale, l’indignation face aux atteintes à l’environnement, l’empathie vis-à-vis du monde paysan ou encore la colère face aux vulnérabilités alimentaires.
Des émotions au service d’un sens commun autour duquel nouer des solidarités et faire société. Voilà tout ce que nous chercherons à aborder lors de cette conférence, pour que vivent les émotions alimentaires, tout en sachant (un peu) raison garder…