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La ferme urbaine Capri : un projet pluridimensionnel et multi-partenarial à Marseille 

Marie-Alice Martinat

MOTS CLÉS : AGRICULTURE URBAINE, MIXITÉ SOCIALE, RECHERCHE-ACTION

L’agriculture urbaine recouvre de multiples facettes. Elle est caractérisée par différents facteurs : la production (légumes, fruits, miel, etc.), le système économique (marchand, non marchand), la localisation (parc, friche, toit, terrasse, etc.), la technique culturale (sol, hors-sol, vertical, etc.), les porteurs de projets (exploitant agricole, association, entreprise, etc.) et les objectifs (productif, récréatif, etc.) (Daniel, 2013). Elle est multifonctionnelle et répond à des enjeux environnementaux, d’aménagement urbain, d’interactions sociales, d’éducation, de loisir, de santé, d’économie et de sécurité alimentaire (Duchemin et al., 2010). Il n’existe pas « une » mais « des » agricultures urbaines, qui répondent à des objectifs divers. En 2017, l’Agence de la transition écologique (ADEME) a établi une typologie de l’agriculture urbaine et défini six catégories, classées dans trois grands ensembles (Villate, 2017) :
-  professionnelle, basée sur un objectif productif : agriculture périurbaine classique (exploitation agricole avec plus ou moins de liens avec la ville) ; technologique (fermes spécialisées, fermes verticales) ; sociale et solidaire (fermes multi-activités, avec des projets d’insertion, du recyclage, etc.) ;
-  non professionnelle, basée sur un objectif récréatif : collective (jardins partagés, pédagogiques, familiaux, etc.) ou individuelle (jardins privées, balcons, poulaillers privés, etc.) ;
-  servicielle, basée sur les services écosystémiques (écopâturage, poulaillers, apiculture, etc.).

Le projet de la ferme Capri porté par la Cité de l’agriculture (CDA, association qui porte et accompagne les projets et les initiatives en faveur de la transition agroécologique et alimentaire à Marseille) se rapproche de la typologie « agriculture urbaine sociale et solidaire », qui a des objectifs à la fois productifs, sociaux, environnementaux et pédagogiques. Ce projet a débuté en 2018 et prend racine en cette année 2021 avec les premières plantations réalisées en février. Il est encore trop tôt pour évaluer les objectifs productifs et environnementaux. Toutefois, on peut d’ores et déjà établir une préfiguration des objectifs sociaux et pédagogiques.

COMMENT L’AGRICULTURE URBAINE S’INSÈRE-T-ELLE DANS LE TERRITOIRE MARSEILLAIS ?

Un territoire marqué par l’urbanisation et la précarité

Marseille s’étend sur 240 km², une superficie deux fois et demie plus importante que Paris. La densité de population est faible par rapport aux autres métropoles : 3 600 hab/km², contre 10 000 pour Lyon et 21 000 pour Paris (Figure 1). La ville est constituée de nombreuses « enclaves agricoles » intra-urbaines. Ces terrains sont issus d’anciennes exploitations agricoles qui se sont retrouvées à l’intérieur de la ville du fait d’un étalement urbain très important et très rapide.

À l’échelle de la métropole, plus de 60 % de la superficie est occupée par des espaces dits « naturels ». Mais la ville gagne annuellement près de 900 hectares sur les surfaces agricoles, qui couvrent malgré tout près d’un quart du territoire.

Marseille est une ville qui connaît une forte précarité, avec presque un tiers de la population qui vit dans des quartiers dit « prioritaires ». Le taux de pauvreté est en augmentation et dépasse les 25 %, soit un quart de la population qui vit avec un revenu inférieur à 1 000 euros par mois (Allier, 2019). La population est jeune : 25 % des habitants ont moins de 20 ans.

Marseille est également une ville cosmopolite ouverte sur la mer Méditerranée, fruit de deux millénaires d’immigration.

Des dynamiques en faveur de l’agriculture urbaine au sein de la Métropole Aix-Marseille-Provence (AMP)

L’appui au développement de l’agriculture urbaine sur la Métropole AMP est parti de deux grandes dynamiques.

La première, liée à l’aménagement urbain, travaille depuis une dizaine d’années à préserver les anciens espaces agricoles par le biais d’outils de planification urbaine (plan local d’urbanisme, schéma de cohérence territoriale, etc.). Cette démarche s’est poursuivie à la création de la Métropole AMP en 2016, via la compétence « projet urbain et planification ».

La seconde dynamique, issue des services de la politique de la ville et du renouvellement urbain, utilise l’agriculture urbaine comme un outil de cohésion sociale et de lutte contre les précarités alimentaires. Depuis de nombreuses années, ces services de la Métropole AMP ont développé des projets autour des jardins partagés, collectifs, familiaux et des chantiers d’insertion par l’activité de maraîchage en lien avec l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU). Au sein du service de la politique de la ville, une étude a été marquante pour le développement de l’agriculture urbaine sur le territoire. Réalisée en 2017, elle portait sur l’accompagnement et la pérennisation des démarches d’agriculture urbaine. Elle a permis de faire un état des lieux des projets d’agriculture urbaine dans les quartiers « politique de la ville » du territoire de la métropole AMP et d’identifier des leviers institutionnels pour soutenir ces projets.

Depuis plusieurs années, de nombreux projets d’agriculture urbaine ont vu le jour sur le territoire marseillais, parmi lesquels on trouve :
- Heko Farm, qui travaille sur la transformation d’espaces urbains en lieux participatifs autour du végétal comestible, sur la sensibilisation du public aux enjeux environnementaux et qui réalise des études sur la valorisation agroécologique de foncier non bâti depuis 2016 ;
- Terres de Mars, ferme urbaine dans le 14e arrondissement proposant des services de traiteur à Marseille et dans le département des Bouches-du-Rhône depuis 2015 ;
- les Champignons de Marseille, spécialisés dans la production de champignons dans une ancienne mûrisserie de bananes en plein centre-ville depuis 2017.

La Cité de l’agriculture

Créée en 2015, la Cité de l’agriculture est définie par sa fondatrice et directrice Marion Schnorf comme un laboratoire urbain d’actions, de recherches et de fédération d’initiatives autour de l’agriculture et de l’alimentation durable (Cité de l’agriculture, 2020). Elle s’engage dans la transition agroécologique et alimentaire. Les missions portées par cette structure s’articulent autour de quatre pôles : prospective, terrain, transmission et société-forum.

Des événements autour de l’agriculture urbaine sont également organisés : les 48 heures de l’agriculture urbaine et les journées de l’agriculture urbaine en Méditerranée.

2019, année d’un partenariat public-privé

En 2019, la Cité de l’agriculture a interpellé la présidente de la Métropole AMP sur les questions d’agriculture urbaine. Marion Schnorf a alors été invitée à intervenir en conseil métropolitain pour présenter sa structure. À la suite de cette intervention, la présidente de la Métropole a sollicité la direction générale adjointe en charge de l’agriculture pour se saisir du sujet et proposer un plan d’action. Ainsi, un grand nombre de partenaires privés et publics ont été invités à engager un travail commun afin de réaliser un recensement des projets d’agriculture urbaine sur le territoire de la métropole. Cette co-construction a également contribué à identifier des freins au développement de l’agriculture urbaine sur le territoire.

Par son rôle fédérateur et d’animation de réseau, la CDA devient très rapidement le porte-parole des acteurs de l’agriculture urbaine sur le territoire. À travers la coordination du plan d’action, la Métropole, avec le soutien de la CDA, se met au service des porteurs de projets et s’affaire à lever les freins au niveau réglementaire et juridique : plan local d’urbanisme, tarif de l’eau, accès au foncier, soit tout ce qui bloque l’installation des porteurs de projets privés.

2020, la ville de Marseille met l’agriculture urbaine à son agenda

Depuis juin 2020, et pour la première fois, une adjointe à la mairie de Marseille, Aïcha Sif, a la charge de l’agriculture urbaine, de l’alimentation durable et de la préservation des terres agricoles. Cet engagement est lié aux nombreuses initiatives déjà présentes sur le territoire. En effet, la ville est propriétaire de nombreux terrains nus, que ce soit en friche ou même d’anciennes terres agricoles, qu’elle souhaite utiliser aujourd’hui pour le développement de l’agriculture urbaine. Consciente du travail engagé par la Métropole AMP, la Ville collabore avec elle, malgré des majorités politiques différentes. « Ça fait même consensus […] C’est une autre façon de faire de la politique, qui est plus systémique » (Sif, 2021).

Ce travail entrepris depuis six mois et demi a redynamisé un service qui existait déjà : l’atelier municipal de l’alimentation durable (AMAD). Ce service de la mairie propose de travailler sur l’alimentation, depuis les cantines des enfants jusqu’aux séniors. Ce travail transversal mobilise de nombreux services de la municipalité, avec une vingtaine de personnes qui participent à l’atelier.

LA FERME URBAINE CAPRI, UN OUTIL DE DÉCLOISONNEMENT ET DE LIEN SOCIAL ?


La genèse du projet

Depuis 2018, la Cité de l’agriculture œuvre sur le projet de la ferme urbaine Capri. Ce projet pilote de recherche-action se veut à dominante productive, par la vente de fruits et légumes, avec une volonté d’ouverture aux habitants en s’intégrant au contexte socioéconomique du territoire. Les ambitions de la ferme évoluent et sont présentées aujourd’hui par son coordinateur en quatre volets : (1) produire des aliments frais et sains dans des quartiers qui en manquent souvent, (2) accueillir du public dans un lieu ouvert et agréable, (3) sensibiliser et former, (4) étudier, expérimenter, essaimer (Turbet Delof, 2021). La Cité de l’agriculture souhaite faire ressortir des indicateurs sur l’agriculture urbaine, et fournir des méthodes et des pratiques qui soient reproductibles par d’autres porteurs de projet dans Marseille ou ailleurs.

La ferme Capri s’inscrit dans un programme d’actions de plus grande ampleur, « Cultivons Marseille », qui vise à soutenir la transition agroécologique marseillaise à travers une mise en réseau d’acteurs et d’outils à même de transformer le territoire. L’axe d’intervention de ce programme est le développement d’outils de mutualisation entre structures d’agriculture urbaine.

Où se situe le projet ?

La ferme Capri se situe sur un terrain de 8 500 m² dans le quartier prioritaire de la Delorme, dans le 15e arrondissement et limitrophe avec le 14e arrondissement. Il se situe au cœur de deux copropriétés – Castors de Servières, Castors des Aygalades – et à proximité immédiate des cités de la Maurelette et de Bassens (Figure 2). Bassens est une cité construite initialement pour être provisoire, qui a été conservée plus longtemps que prévu. La cité de la Maurelette est une copropriété où les habitants sont propriétaires de leur appartement, mais où l’on trouve également de la location pour des familles plus pauvres. Cette copropriété est une cité qui connaît aujourd’hui une forte dégradation. Dans chacune des cités, on retrouve un réseau d’économie illégale, qui peut s’expliquer par le fort taux de chômage des jeunes et un faible niveau de qualification. Les copropriétés des Castors ont, quant à elles, été construites dans la période d’après-guerre par des ouvriers qui ont fabriqué eux-mêmes leur maison.

Le terrain est loué à la ville avec un bail de dix ans renouvelables pour 800 euros par an. La ferme s’inscrit donc dans un tissu urbain hétérogène, caractérisé par une difficulté d’accès à une alimentation saine et de qualité : un désert alimentaire. À proximité du terrain se trouve l’école primaire publique Saint-Joseph Servières. Le terrain surplombe un bras de l’autoroute A7.

La ferme s’articule en dix-sept jardins et une serre qui servira de pépinière. Les jardins sont des zones de production de fruits et légumes qui seront vendus en vente directe, à destination des habitants.

Un point d’accueil sera mis en place et la ferme sera ouverte à des horaires et jours définis. Des ruchettes de reines vont être installées et feront l’objet d’un support pédagogique en lien avec un apiculteur professionnel.

En termes de ressources humaines, la ferme mobilise une maraîchère, un coordinateur, une animatrice à plein temps, une aide-maraîchère à temps partiel ainsi qu’un(e) à deux stagiaires.

Un outil de recherche-action pour l’agriculture urbaine

Comme décrit plus haut, la ferme a également vocation à expérimenter et modéliser des indicateurs servant à caractériser les services rendus par l’agriculture urbaine dans une volonté de réplication sur d’autres territoires et/ou par d’autres porteurs de projet. Cette démarche de recherche-action se traduit également par la capitalisation et le partage d’expérience. Une personne dédiée au travail de recherche et évaluation a été embauchée au sein de la structure depuis un an.

« On est dans une phase de mesure d’état initial et de définition du référentiel d’évaluation, pour bien cerner tous les changements qui vont être provoqués ou pas par la ferme  » (Pham Le, 2021). Cette phase nécessite de documenter tout ce qui est fait sur la ferme et de se coordonner avec divers experts partenaires, notamment le Centre de recherche et d’enseignement de géosciences de l’environnement (CEREGE) pour une étude sur le suivi des sols, le Groupe de recherche en agriculture biologique (GRAB) qui dispose d’une ferme urbaine pilote à Avignon et l’institut technique de l’horticulture ASTHREDOR pour l’étude de différentes techniques horticoles.

La recherche-action abordera donc différents aspects de l’agriculture urbaine, liés à la pollution de l’air et du sol, à la température avec la problématique des îlots de chaleur urbains, à la biodiversité soit par des diagnostics écologique soit en ayant recours à des sciences participatives.
À travers cette démarche, la CDA souhaite également développer le volet social et de justice alimentaire. Elle a d’ailleurs été sollicitée par l’institut régional du travail social (IRTS) pour que des étudiants travaillent sur l’impact social de la ferme urbaine. La proposition de la CDA est alors de couvrir trois axes : appropriation du cadre de vie par le jardinage, la ferme Capri comme lieu de rencontre social et l’alimentation durable.

Quels sont les résultats espérés ?

Au sein de la Cité de l’agriculture, la ferme Capri est vue comme un outil pour décloisonner les relations urbain / rural, en faisant découvrir des horizons professionnels agricoles et en rendant accessible une alimentation saine et de qualité à une population urbaine et précaire. C’est également un outil pour améliorer le cadre de vie en ville par la création d’un lieu pour les habitants qui soit agréable et accessible.

Pour ancrer la ferme Capri dans son territoire, la Cité de l’agriculture a mis en place quatre phases de concertation ouvertes à tous : habitants et acteurs privés et publics.

La première phase s’est déroulée en juin 2020. Elle avait pour objectif de présenter les grandes intentions du projet et a révélé une méconnaissance du projet de la part des riverains. Elle a également soulevé des préoccupations de la part de ces derniers : accès, stationnement, fréquentation et fréquence d’ouverture.

La seconde phase de concertation s’est déroulée en juillet 2020. Elle avait pour objectif de recenser les souhaits, habitudes et usages des habitants en termes d’approvisionnement alimentaire. Elle s’est organisée autour de la réalisation d’une carte sensible du territoire et d’un atelier sur l’alimentation. Ce dernier a permis d’identifier les lieux d’achats alimentaires des habitants présents et de créer des premiers liens avec les acteurs du quartier, notamment avec l’association départementale pour le développement des actions de prévention des Bouches-du-Rhône (ADDAP 13), qui propose et encadre des chantiers participatifs avec des jeunes, ainsi qu’avec l’école primaire Saint-Joseph Servières.

La troisième phase était une esquisse du projet amendé par les apports des habitants.

En septembre 2020 s’est déroulée la dernière phase visant à rendre compte de la concertation qui a eu lieu. Cette dernière a permis de faire connaître le projet aux habitants présents et venant des différents quartiers voisins de la ferme. Les différents acteurs du territoire ont également pu s’y rencontrer et construire des projets en lien avec la ferme Capri.

Les perceptions du projet par les habitants sont hétérogènes. Il suscite de l’inquiétude pour certains et une opportunité d’amélioration du cadre de vie pour d’autres. Ces sentiments sont fonction du quartier, de la génération et de la classe sociale. Toutefois, le projet reste globalement bien accueilli, mais encore peu connu.

La CDA considère la concertation des citoyens comme un travail continu qui sera alimenté par les rencontres et les échanges que pourra générer la ferme.

Quelles attentes de la part des différentes parties prenantes ?

Dans le cadre de son soutien financier, la Métropole escompte que la ferme devienne un projet pilote de recherche-action réplicable sur le territoire. Elle voit la ferme comme un outil pour mesurer les externalités positives de l’agriculture urbaine, notamment les impacts environnementaux, sociaux et économiques.

Lors de l’installation de la ferme Capri, la Cité de l’agriculture a pris contact avec les acteurs sociaux du territoire, notamment l’ADDAP 13 et le centre social Saint-Joseph Fontainieu, dans une volonté d’intégrer au mieux le projet dans son territoire.

L’ADDAP 13 travaille entre autres sur l’accompagnement individuel des jeunes et le développement social local, en agissant sur l’environnement des jeunes. L’acteur social souhaite faciliter la rencontre entre la ferme Capri et la population locale, malgré une frontière qui est forte : « On est encore loin d’aller manger bio et sain quand on n’arrive pas à payer une facture EDF et que l’on vit dans un logement insalubre » (Bertrand, 2021). L’association estime qu’il y a un travail important à réaliser en termes de connaissances sur l’alimentation dans les différents quartiers. Elle va plus loin en signant une convention avec la Cité de l’agriculture pour organiser des ateliers, un chantier éducatif et des journées « découverte » pour permettre aux jeunes de se familiariser tout au long de l’année aux métiers de la filière alimentaire. L’ADDAP 13 attend de la ferme Capri qu’elle soit un outil pédagogique et participe au développement global du territoire.

Une médiatrice du centre social Saint-Joseph Fontainieu voit la ferme urbaine Capri comme un vecteur de lien social et comme une opportunité pour permettre aux habitants de sortir de leur bâtiment (Khettat, 2021). Pour elle, le rôle des acteurs sociaux est de faire le relais auprès des habitants pour que s’instaure une confiance entre les acteurs de la ferme Capri et la population. Elle met également en avant l’importance de réaliser un planning, avec des créneaux horaires permettant aux habitants de s’organiser et d’anticiper leur venue à la ferme.

L’école primaire voisine est très enthousiasmée par ce projet (Bouquet, 2021). Une visite du terrain a déjà été organisée avec des élèves. En plus du suivi de la construction du projet, l’école souhaite co-construire un potager avec la Cité de l’agriculture. Il y a également en projet de vendre les fruits et légumes produits par la ferme à la sortie de l’école.

Construire un projet multi-partenarial, une opportunité ?

La construction d’un projet multi-partenarial nécessite de comprendre les attentes de chaque partenaire et d’être à son écoute.

« Les acteurs arrivent chacun avec leurs points de vue, leurs visions du projet et leurs attentes. Ils ne vont pas forcément parler le même langage : technique ou politique. Il faut alors déconstruire ces attentes et ces visions pour bâtir un projet commun » (Turbet Delof, 2021). Faire le choix d’un large panel d’acteurs pour construire la ferme Capri permet également d’additionner les « forces » et d’augmenter les impacts sur différents publics et dans différents domaines.

Préfiguration des impacts de la ferme Capri

Aujourd’hui, le travail de recherche-action à la ferme Capri en est au stade T0, c’est-à-dire dans une phase de documentation et d’analyse de la vie de la ferme. Ce travail a pour but de couvrir de nombreuses dimensions, allant de l’impact environnemental à l’impact social pour les populations bénéficiaires, avec l’appui de partenaires opérationnels et scientifiques.

La Cité de l’agriculture a su se faire connaître auprès d’acteurs clés comme les centres sociaux, les écoles et les associations présentes dans les quartiers : « Il s’y prennent bien pour s’inscrire sur le territoire en prenant le biais du partenariat, ils sont déjà identifiés  » (Bertrand, 2021). Bien que lors des différentes phases de concertation le nombre d’habitants présents ait été assez faible, cela a tout de même permis d’identifier des personnes relais sur le territoire. Pour faire adhérer les habitants des différents quartiers, il faut faire adhérer les acteurs sociaux qui connaissent le territoire et savent quel public viser et à quel moment. Cette mobilisation des acteurs sociaux peut permettre une acceptation du projet par les habitants qui ont déjà un lien de confiance avec les structures présentes.
Par sa position à la jonction de différents territoires, la ferme Capri peut jouer un rôle de décloisonnement entre ces quartiers. Elle a déjà permis à des habitants de deux quartiers différents, Bassens et la Maurelette, de se rencontrer lors d’un chantier éducatif organisé en partenariat avec l’ADDAP 13. La mixité sociale autour de l’agriculture peut être l’un des impacts majeurs de la ferme Capri.

En termes d’accessibilité à une alimentation plus saine et durable, la ferme Capri sera un nouveau lieu de vente de produits alimentaires sains, durables et frais à des prix abordables. La volonté de la CDA est de participer à son échelle à augmenter l’offre alimentaire et à favoriser l’accès à une alimentation saine et durable pour tous. Les produits issus de la ferme seront écoulés via la vente directe sur place et éventuellement à proximité. Les prix de vente ne sont pas encore définis mais ils seront établis dans un souci de rendre accessibles ces denrées aux populations avoisinantes.

Toutefois, il y a un réel travail de sensibilisation à faire auprès des habitants au sujet de la nutrition et de l’équilibre alimentaire. L’alimentation est également un marqueur de culture et de transmission des origines. Dans des quartiers cosmopolites comme le 14e et le 15e arrondissements, il faut prendre en compte ce fait pour ne pas provoquer de chocs culturels. « Il va falloir que la ferme Capri ait une grande écoute des populations car ce ne sont pas les habitants qui vont pouvoir s’adapter à la ferme et il faudra trouver un équilibre » (Bertrand, 2021). Bien consciente de l’importance de s’adapter à la population, la CDA a la volonté de tester la culture de denrées qui sont classiquement importées et peu disponibles sur place, comme le gingembre par exemple. La ferme aura pour fonctions de proposer une solution locale et durable aux pratiques alimentaires existantes et d’être vecteur de découverte et de sensibilisation à une alimentation durable et accessible.

À travers la ferme, la CDA souhaite donc favoriser un accès géographique, économique et cognitif à une alimentation saine et durable.

L’ancrage territorial identifié comme point de vigilance

2021 est l’année de la concrétisation du projet avec l’entrée en production de la ferme. Un programme d’ouverture au public (scolaires, habitants, partenaires, porteurs de projets, chercheurs) va être mis en place. Le renforcement et la création de nouveaux partenariats sont également à prévoir.

L’appropriation du projet par les populations avoisinantes est un facteur clé de réussite de ce projet. Aujourd’hui, de nombreux projets en lien avec l’accès à une alimentation durable sont conçus en mettant en œuvre une réelle participation citoyenne. Ce type d’action collective permet à chacun de mobiliser ses ressources, favorise la création de lien social et développe le pouvoir d’agir des personnes. Ces démarches permettent un réel ancrage territorial et une appropriation évidente de la population comme acteur du projet. Lors du déploiement de la ferme Capri, la participation citoyenne s’est traduite par un programme de concertation des habitants. Toutefois, l’appropriation de ce projet par ces derniers dépendra des acteurs sociaux du territoire déjà identifiés par les habitants et des futures actions de la CDA.

CONCLUSION

À travers la ferme urbaine Capri, la CDA souhaite atténuer l’opposition entre une agriculture rurale productive et une agriculture urbaine uniquement tournée vers la pédagogie ou le loisir. L’objectif est de démontrer qu’un espace de production peut servir de support à la mixité sociale, à la professionnalisation et à la rencontre entre acteurs du territoire : « Venir mêler toutes ces approches et montrer qu’elles ne s’opposent pas mais au contraire qu’elles s’améliorent conjointement » (Turbet Delof, 2021).

L’agriculture urbaine prend une place clé dans le développement des aires urbaines. Bien que ce type d’agriculture n’ait pas pour ambition de nourrir la population urbaine, elle peut être complémentaire de l’agriculture périurbaine et rurale. En effet, l’agriculture urbaine va au-delà de l’aspect de production de denrées alimentaires en ayant une volonté d’améliorer le cadre de vie des habitants des lieux où elle s’implante et de participer à l’accès à une alimentation saine et durable pour tous.

Auteure : Marie-Alice Martinat

 

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