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Le marché d’intérêt national de Montpellier : un outil pour renforcer la durabilité des systèmes alimentaires territorialisés ? 

Victor Giguet-Chevalier et Lucie Poline

MOTS-CLÉS : MARCHÉ D’INTÉRÊT NATIONAL, POLITIQUE AGROÉCOLOGIQUE ET ALIMENTAIRE, AGRICULTURE BIOLOGIQUE, AGRICULTURE LOCALE, ENTREPRISE DE TRANSFORMATION AGROALIMENTAIRE, MARCHÉ DE GROS

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RÉSUMÉ

Le marché d’intérêt national (MIN) de Montpellier est une plateforme logistique à l’interface entre la ville et les zones de production de la région. Dans le cadre de la politique agroécologique et alimentaire de la ville de Montpellier, le MIN s’est révélé être un outil précieux pour la mise en œuvre des objectifs de durabilité, d’autant qu’il possède toutes les infrastructures nécessaires. Nous analysons en quoi les innovations qu’il porte contribuent à l’amélioration de la durabilité du système alimentaire montpelliérain. En particulier, nous étudions la mise en place du carreau de producteurs bio et locaux et du pôle de transformation.

LES MARCHÉS D’INTÉRÊT NATIONAL (MIN) EN FRANCE : DESCRIPTION, HISTOIRE ET ÉTAT DES LIEUX

Les MIN, ou marchés de gros (volumes), sont un outil créé durant la seconde moitié du XXe siècle pour répondre à la demande croissante de la population urbaine en aliments frais. Nous allons dans cette partie détailler l’historique de leur développement et le paysage actuel des MIN en France.

Qu’est-ce qu’un marché de gros, ou MIN ?

Le but

Les MIN sont des services publics dont la mission est de permettre l’approvisionnement des commerces de proximité et des prestataires de service (grossistes, restaurateurs, etc.). Ils œuvrent à l’organisation et la sécurisation des circuits de distribution des produits agricoles et alimentaires dans un secteur concurrentiel. Ce sont des marchés de gros volumes de denrées agricoles et alimentaires réservés aux opérateurs professionnels (producteurs, importateurs, restaurateurs, grossistes et commerçants détaillants). Ils ne sont donc pas ouverts aux particuliers. L’implantation des grossistes et producteurs, au sein de ces marchés ou à l’intérieur du périmètre de référence qui les entoure, est réglementée et doit faire l’objet d’une autorisation (Direction de l’information légale et administrative, 2017).

La forme

Concrètement, il s’agit d’une plateforme logis-tique sur laquelle se rencontrent producteurs et acheteurs lors de marchés éphémères mais réguliers. Les vendeurs sont installés sur des emplacements appelés « carreaux », qui peuvent être situés dans des halles ou en plein air. On y trouve également la plupart du temps des locaux loués à différents professionnels en lien avec la vente en gros : grossistes, transformateurs, industriels, logisticiens, etc. Les MIN peuvent également être équipés d’infrastructures pour la transformation et la vente de produits congelés et surgelés et de halles de stockage. Les différents MIN de France sont regroupés au sein de la Fédération française des MIN (FFMIN). Les collectivités (Département, Région ou État) à l’origine de ces marchés de gros peuvent les gérer elles-mêmes (gestion en régie) ou en déléguer la gestion à une organisation privée ou publique, par exemple une société d’économie mixte.

Les prix

De manière générale, un marché est un mécanisme de régulation des prix par la loi de l’offre et de la demande. Chacun pouvant voir les prix et les produits disponibles, les prix sont régulés par le jeu de la concurrence. Le MIN étant un marché comme les autres, il répond lui aussi à cette logique. Par conséquent, les prix des produits sont fixés par les producteurs en fonction des prix de leurs voisins de carreau et ceux du marché mondial.

Le financement de l’outil

Les usagers d’un MIN doivent s’acquitter de contributions perçues par son gestionnaire. Cela prend la forme d’une redevance payée par les titulaires pour l’occupation d’un emplacement au sein du MIN (vendeurs, courtiers, producteurs par exemple) et d’un droit d’entrée pour les acheteurs. La très grande majorité des revenus du MIN pro-vient de la location des locaux à d’autres entre-prises (grossistes, transformateurs, etc.). Le mode de gestion se rapproche de celui d’une société immobilière, fonctionnant grâce aux rentes des loyers perçus.

Histoire et développement

Les MIN sont apparus en 1959, en réponse à un besoin alors émergent. Il fallait une structure permettant la rencontre de la demande urbaine en produits frais avec l’offre croissante de ces pro-duits, à l’époque non stockables.

XIXe et XXe siècles : la demande urbaine explose

L’exode rural qui est allé de pair avec la révolution industrielle a profondément bouleversé les logiques d’approvisionnement des villes. La population explose entre le XIXe et le XXe siècle dans les villes de France, du fait de cet exode et de la croissance démographique (Espic, 2007). Au cours de la seconde moitié de XXe siècle, la distribution de denrées alimentaires passe par les marchés de plein vent et les halles. Ces structures, devenues inadaptées, provoquent des encombrements, multiplient le nombre d’intermédiaires et génèrent d’importants surcoûts au niveau de la distribution. Parallèlement, la consommation alimentaire varie, notamment en ce qui concerne les légumes, dont la consommation est passée de 7 kg par personne et par an en 1912 à 74 kg par personne et par an en 1950 (Bellegarde, 1978). Cette augmentation de la consommation de pro-duits frais renforce les problèmes d’approvisionnement et d’hygiène.

À partir des années 1950, l’État s’engage davantage dans la sécurisation des prix des produits agricoles

Le développement de la mécanisation suite au plan Marshall se traduit en 1953 par une abondance des récoltes qui provoque une forte chute des prix. Cela fait descendre les agriculteurs dans les rues et pousse l’État à réfléchir sur des systèmes qui pourraient stabiliser les prix de vente pour les agriculteurs. Celui-ci applique déjà une politique de ce type pour les céréales et le lait, mais pas pour les produits primeurs. Il s’agit de garantir un revenu équitable aux producteurs tout en garantissant un prix minimum pour les consommateurs.

Pour atteindre cet objectif, l’État travaille déjà avec l’Office national interprofessionnel des grandes cultures (ONIC). Son action consiste en l’achat de grandes quantités de céréales lorsque les cours sont au plus bas que l’ONIC revend quand les cours remontent.

L’impossibilité de fonctionner de cette façon pour les produits primeurs hautement péris-sables va conduire à la création d’un réseau de plateforme logistique de distribution : les marchés d’intérêt national.

Des MIN pour répondre aux enjeux des filières agricoles

Les MIN doivent réduire à la portion congrue les coûts de distribution et donc permettre de générer des économies sur le prix du produit. Parallèlement, en fonctionnant en réseau à l’échelle nationale, ils permettent de lisser les prix localement.

À l’inverse des marchés internationaux fonctionnant grâce à des contrats à terme, les produits échangés sur le MIN sont des produits physiques. Si l’accord entre le producteur et l’acheteur, comme le transfert financier, peuvent être dématérialisés, les nouvelles fonctionnalités d’Internet ne peuvent se substituer au transfert physique des denrées alimentaires. Le MIN est avant tout un lieu physique, une infrastructure qui permet de gérer des flux importants de produits alimentaires frais. Ces derniers relient les zones de production environnantes et la ville par le biais du MIN. Ce rôle d’interface peut également s’appliquer avec l’acheminement des produits vers les autres marchés de gros du pays.

Cet outil est devenu incontournable dans le système d’approvisionnement des villes, raison pour laquelle plusieurs grossistes y ont élu domicile.

Le développement des grandes et moyennes surfaces : une menace pour les MIN aujourd’hui en France ?

Dans les années 1980, les politiques de l’État en matière d’alimentation ne sont pas assez fortes pour contrôler le fort développement de la grande distribution. Les acteurs de cette dernière obtiennent alors le quasi-monopole du secteur de l’alimentation.

Déclin des MIN

En excluant les particuliers, le modèle de distribution porté par les MIN a favorisé le commerce de gros. Dans les années 1970-80, la grande distribution connaît une croissance très importante et conquiert le marché. Grâce à leurs centrales d’achat, les grandes et moyennes surfaces (GMS) se mettent en position de force dans les filières en tant qu’acheteur incontournable : chaque grande enseigne mutualise ses achats au niveau national via une centrale d’achat interne ; par conséquent, le nombre d’acheteurs baisse drastiquement, tant en nombre absolu que dans leur diversité (Peuples solidaires, 2010). Les petits fournisseurs, grossistes et primeurs d’antan perdent leur raison d’être car ils ne peuvent pas répondre aux volumes exigés par les GMS. Ces dernières vont directement se fournir chez les producteurs via leurs centrales d’achat. Ce phénomène se produit en parallèle de l’industrialisation de la production induite par la politique agricole commune (PAC) et la révolution verte.

De fait, on observe peu à peu une désaffection des MIN, qui tentent de préserver leur attractivité en élargissant leur gamme de produits (viandes, céréales) dès les années 1970. L’obligation de répondre aux standards des marchés ou aux normes achève de rendre le débouché GMS quasi exclusif pour les producteurs. La norme Global Gap, par exemple, est créée par et pour la grande distribution, exigeant des garanties en termes de qualité, sécurité et traçabilité. Elle est indispensable pour pouvoir vendre en GMS, et suffisamment exigeante pour, qu’une fois obtenue, les producteurs ne puissent la valoriser qu’en vendant à ces enseignes.

Une des principales conséquences de ce système agro-industriel est l’exclusion des petits producteurs, revendeurs et transformateurs. En effet, tous ceux qui n’ont pas les quantités requises sont de fait exclus et ne peuvent pas rentrer dans ce système ultranormé. En plus de ceux qui ne peuvent pas y rentrer, il y a également tous ceux qui ne se retrouvent pas dans ce système et ne veulent pas y prendre part. Ces acteurs des filières agricoles n’en ont pas moins le besoin de trouver des débouchés pour leurs marchandises. Vendre et acheter représentent une charge de travail supplémentaire et relèvent de métiers bien spécifiques. En effet, le marketing, la relation client, la logistique, la présence et la vente en physique sur des marchés demandent du temps et des compétences particulières. C’est en misant sur le développement de ces compétences que les GMS ont pu imposer leur modèle, peu regardantes sur la durabilité des modes de production et contribuant à la diminution drastique de la petite agriculture. Le redéveloppement des MIN pour-rait enrayer ces dynamiques en s’appuyant sur les évolutions récentes de la société, comme l’arrivée des nouvelles technologies ou la multiplication des politiques axées sur le local et le durable.

Besoin de nouveaux usages

Si les MIN n’ont ainsi pas réussi à conserver leur rôle d’acteur clé de la distribution face au développement des GMS et de la vente sur Internet, ils sont cependant toujours restés actifs, ce qui prouve leur utilité. Ils doivent toutefois se réinventer pour répondre aux besoins émergents de la société.

L’arrivée d’Internet

L’arrivée des technologies de l’information et de la communication (TIC), en particulier du téléphone portable, transfère tout ou partie de la discussion / négociation, voire du transfert financier, en amont de la rencontre physique. Celle-ci ne sert plus qu’à l’échange de produits. Le temps nécessaire sur le carreau est donc réduit à son strict minimum et l’intérêt de se retrouver diminue, d’autant que l’émulsion sociale inhérente s’en trouve amputée. Cet état de fait entraîne une désaffection des marchés matinaux et augmente l’opacité générale du marché, puisque les transactions se font d’acteur à acteur, de manière privée et dématérialisée.

Internet, en facilitant la commercialisation, a créé la possibilité pour les agriculteurs et les consommateurs de facilement s’organiser individuellement. Or, ce faisant, les filières se cloisonnent et l’information de marché se perd. L’une et l’autre des parties perdent leur force de négociation acquise par l’action collective et le poids du nombre aux différentes échelles, du local au mondial.

Les MIN ont toujours cherché à être des outils collectifs facilitant les transactions. Aujourd’hui, un de leurs objectifs doit être de recréer un outil collectif numérique permettant de faciliter la distribution, sans générer de surcharge de travail ni pour les producteurs, ni pour les acheteurs.

Le regain d’intérêt des politiques pour le local durable

Depuis une dizaine d’années, les politiques commencent à se positionner et à s’impliquer dans une alimentation durable et de proximité. Les politiques de l’alimentation se sont territorialisées et certaines pratiques agricoles ont été mises sur le devant de la scène, à l’instar du bio ou de l’agroécologie. Les projets alimentaires territoriaux (PAT), institués par la loi d’avenir de 2014, illustrent bien cette amorce d’engagement public. Ces projets prennent la forme d’un outil permet-tant de piloter des politiques allant dans le sens de systèmes agricoles et alimentaires durables. Les MIN sont des leviers efficaces pour arriver à ce résultat, étant eux-mêmes dotés d’une mission de service public.

Comme le décrit Jean-Philippe Espic (2007), « un marché d’intérêt national (MIN) peut être entouré d’un périmètre, dit “périmètre de référence”, au sein duquel l’installation d’un grossiste vendant des produits analogues à ceux vendus sur le MIN est interdite. Un tel périmètre vise, d’une part, à protéger les opérateurs d’un MIN de la concurrence éventuelle d’opérateurs installés en proximité et, d’autre part, à favoriser l’installation des opérateurs sur le MIN ».

Dans ce cadre, avec une politique de la société gestionnaire favorable aux produits locaux et issus de l’agriculture biologique, le MIN peut s’avérer être un outil efficace pour renforcer l’agriculture locale durable aujourd’hui soumise à la concurrence internationale par le jeu des grossistes.

Les décisions stratégiques de la direction du MIN ont un impact sur ses usagers situés à différents niveaux du système alimentaire local (producteurs, restaurateurs, transformateurs, etc.). Étant étroitement lié à la Métropole (voir plus loin), le MIN est donc un outil mobilisable pour mettre en œuvre la Politique agroécologique et alimentaire (P2A) portée par la Montpellier Méditerranée Métropole (Montpellier Méditerranée Métropole, 2017).

LE MIN DE MONTPELLIER

Mis en place en 1963, le MIN de Montpellier est désigné par la marque commerciale Mercadis créée à cet effet ; il est également appelé marché gare. Dans cette partie, nous allons détailler son fonctionnement, les innovations mises en place pour contribuer à l’amélioration du système alimentaire montpelliérain et son caractère indissociable de la Politique agroécologique et alimentaire de la Métropole.

Fonctionnement et description de l’outil

Gouvernance

Dans le cas du marché gare montpelliérain, la gestion de l’outil est conférée à une société d’économie mixte, la société d’économie mixte du marché d’intérêt national de Montpellier ou SOMIMON. Cette société gestionnaire est détenue à 58 % par des actionnaires publics non rémunérés : 42 % par la Métropole, 8 % par la Ville de Montpellier et 8 % par le Département. Le reste des voix se répartit comme suit : la Caisse des dépôts et consignations possède 24 % des parts, et les divers organismes locaux que sont la chambre de commerce et d’industrie de l’Hérault, la chambre d’agriculture de l’Hérault, le Crédit Agricole ainsi que le groupe BRL (intervenant dans le domaine de l’eau, de l’environnement et de l’aménagement) possèdent respectivement 8 %, 4 %, 4 % et 2 %.

Infrastructures

Les infrastructures du MIN sont les suivantes [Figure 1] : les bureaux des quinze employés de la SOMIMON, une plateforme frigorifique, une plateforme logistique, un pôle de transformation alimentaire (halles, stockage, chambres froides, quais de chargement, etc.), des entrepôts (grossistes) et des carreaux de vente en plein air et sous des halles (producteurs, grossistes). L’ensemble se trouve à proximité immédiate de l’échangeur d’autoroute A9 ainsi que de la gare. Il est à noter que lors des débuts du MIN, le rail venait jusqu’en son sein pour y acheminer les marchandises.

Services proposés

De nombreuses entreprises sont implantées dans ces locaux. On y trouve des acteurs de la logis-tique (transporteurs, service de vente délocalisée dans l’espace et le temps, nommé le « drive acheteur »), des start-ups qui permettent de valoriser les invendus et de démultiplier l’offre de produits proposés (voir plus loin). Des entreprises non ciblées sur l’échange de denrées agricoles y sont également implantées : un bar, un supermarché « Cash Alimentaire » et un restaurant. Le MIN propose également un service de groupement d’employeurs, qui permet de mutualiser des salariés pour les entreprises s’y trouvant, simplifiant ainsi l’embauche. Enfin, il propose également une activité de conseil pour les autres marchés de gros, notamment à partir de son expérience en plateforme frigorifique. À Montpellier, cette plate-forme a permis l’implantation du pôle de trans-formation dont nous parlerons ultérieurement.

Les marchés physiques

Il est possible pour un acheteur de venir se fournir au MIN auprès des grossistes tous les jours sauf le mardi et le dimanche. En revanche, les marchés de producteurs se tiennent à des jours et heures bien définis (lundi de 15 heures à 17 heures, mercredi de 5 heures à 7 heures et vendredi de 15 heures à 17 heures). Ils se tiennent sur la place centrale du MIN, sur le marché de plein vent et sous les halles. Ces marchés de grossistes et de producteurs sont en place dans tous les MIN de France depuis leur création. En revanche, les jours et heures de marchés sont spécifiques à chacun et définis par des arrêtés préfectoraux. Tous les producteurs héraultais souhaitant bénéficier de ce service peuvent y venir, moyennant 15 € par marché et dans la limite de la place disponible. Concrètement, ils bénéficient d’un emplacement matérialisé par une place de parking pour vendre leurs produits. Il n’y a pas de contraintes posées sur les volumes produits, la nature des produits, les pratiques culturales ou encore les débouchés visés.

Les acheteurs négocient bien souvent prix et volumes en amont avec les producteurs directement. La transaction physique des produits et la transaction monétaire ont lieu lors des marchés au MIN. Les acheteurs payent l’entrée à la plateforme (2 €) grâce à un système de badges. Ils sont au nombre de trois mille à l’année et se composent à 69 % de commerçants traditionnels (primeurs, bouchers), à 19 % de restaurateurs et à 12 % de grandes et moyennes surfaces.
Au final, ce sont 36 000 t de produits qui sont échangées au MIN annuellement, pour un mon-tant total de 41 M€. Cela inclut 7 000 t de produits du département héraultais, dont 4 000 t sur le carreau des producteurs.

Inscription dans le contexte politique local et actions innovantes

Du fait de sa gouvernance intimement liée à la politique de Montpellier Méditerranée Métropole, le MIN inscrit ses actions dans la P2A menée par celle-ci.

Les cinq finalités de la P2A sont les suivantes :
→ offrir une alimentation saine et locale au plus grand nombre ;
→ soutenir l’économie et l’emploi agricole et agroalimentaire ;
→ préserver le patrimoine paysager et les ressources naturelles ;
→ limiter les émissions de gaz à effet de serre et s’adapter au changement climatique ;
→ favoriser la cohésion sociale, en soignant le lien à la nature et les liens entre urbain et rural. Un exemple d’action mise en place dans ce cadre est l’initiative « Bocal, bon et local », à laquelle le MIN est associée. Elle vise à favoriser les produits locaux jugés de qualité.

L’équipe de pilotage du MIN s’est donné l’ambition d’être le chaînon manquant dans les échanges de gros volumes de produits issus de l‘agriculture biologique du territoire, s’inscrivant ainsi dans la P2A. Les objectifs sont les suivants : proposer un appui logistique, structurer l’offre de produits agricoles, fournir l’information de marché (prix, quantité et qualité), élargir les publics touchés à tous les niveaux. Pour ce faire, depuis l’été dernier, un poste de « responsable de structuration de l’offre » a été créé. Dans la fiche de poste se trouvent également de nouvelles actions pour redynamiser le carreau des producteurs et lui redonner ses « force et vigueur » d’antan.

Le nouveau plan d’action du MIN a été validé lors du conseil d’administration, avec quatre mesures phares : l’implantation d’un box fermier, d’un carreau bio et local et d’un pôle de transformation et un travail sur la transparence (Nithard, 2018). Ces mesures ont déjà été initiées, mais le détail est encore en partie à créer. À ces quatre mesures s’ajoutent des initiatives innovantes plus transversales. Le MIN souhaite ainsi développer son offre de logistique de distribution, grâce à l’entreprise de transport qu’il héberge. Il a aussi la volonté de créer une association de producteurs locaux à terme, sur la base du groupement de producteurs en cours de mise en place.

Le projet de groupement de producteurs locaux

Un groupe de travail composé du Centre d’initiative pour valoriser l’agriculture et le milieu rural (CIVAM) Bio 34, de la chambre d’agriculture de l’Hérault, de celle de l’Occitanie et de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) cherche à réunir les producteurs autour de solutions logistiques et de valorisation communes pour mieux structurer l’offre. Cette recherche de structuration a pour objectif de rendre le MIN attrayant et simple d’utilisation pour les acheteurs (stabilité de l’offre, diversité des produits locaux). Il s’agit de pouvoir faire face aux nouvelles formes de demandes et d’opportunités.

Les MIN : centralisateurs de flux ?

Pour atteindre les objectifs de réduction de l’empreinte carbone du dernier kilomètre [1] du transport des produits alimentaires, le MIN s’interroge sur la pertinence de développer un service de logistique / massification / distribution. Le MIN travaillant très souvent avec des petites structures de production et de commercialisation, il est rare que les besoins et les moyens disponibles soient suffisants pour impliquer le transport de gros volumes. Or, plus on augmente le volume déplacé, moins l’impact environnemental pour un kg de marchandise transporté est important. Quelques MIN en France, comme le celui de Toulouse, sont en train de travailler avec La Poste pour mettre en place un service de livraison mutualisé des produits frais, Chronofresh. L’idée est de réutiliser les circuits de distribution de La Poste, dont l’activité est en déclin, pour proposer une livraison rapide, personnalisée et mutualisée aux commerçants. Sur le MIN de Montpellier, l’installation de transporteurs-distributeurs nationaux ou internationaux et spécialistes du dernier km permet d’entrevoir de nouvelles perspectives logistiques. Les MIN ont donc une carte à jouer en organisant la distribution entre ces différents professionnels et en mutualisant, réduisant ainsi coûts et impacts.

Le box fermier

Ce sera un stand d’exposition permanent de l’ensemble de la diversité des produits bio et locaux, mais également transformés sur place, disponibles à l’achat au marché gare. Il permettra de faire la promotion des produits, mais aussi de favoriser la venue de nouveaux acheteurs. Il pourra également être une plateforme d’expédition, complétant ainsi l’offre régionale actuelle-ment existante. Il tiendra le rôle de tremplin lors de l’introduction éventuelle de nouveaux produits tels que le vin, les fromages ou encore le poisson. Se faisant, il sera vecteur de l’augmentation de la variété de produits proposés et de la fréquentation du marché, tant chez les producteurs que chez les transformateurs.

Le carreau bio et local

Le carreau bio et local a l’ambition de permettre aux professionnels de l’alimentation de pou-voir proposer dans leur commerce des produits promus par la P2A, de permettre au plus grand nombre de producteurs de bénéficier de l’outil MIN et de promouvoir les produits bio et locaux du territoire [Figure 2]. Le marché gare Mercadis est le premier MIN de France à incarner une poli-tique urbaine de durabilité agricole et alimentaire et de ce fait à proposer un carreau de ce type. Pour y parvenir, il a monté un partenariat avec la chambre d’agriculture de l’Hérault et le CIVAM Bio 34. L’objectif est de se faire accompagner dans cette démarche et de bénéficier d’une compétence agricole en externe pour structurer les filières en agriculture biologique et locale et légitimer son action (voir plus loin).

Le pôle de transformation

Il s’inscrit dans la politique de diversification de l’offre et de lutte contre le gaspillage. Valorisant les invendus, il permet de sécuriser les ventes et donc l’emploi des petits producteurs et de créer des nouveaux postes, dont d’insertion, au sein même de ces entreprises hébergées sur place (voir plus loin).

Le travail sur la transparence

Le MIN va proposer un service de traçabilité, développé avec l’Inra. Il va également travailler avec une start-up montpelliéraine, Panjee, pour proposer la version virtuelle du catalogue de produits. Grâce à ces deux outils, l’information de marché sera disponible plus facilement et de manière plus renseignée que précédemment. Ce travail sur la transparence est particulièrement important concernant les filières issues del’agriculture biologique. En effet, la plupart des échanges ont lieu directement entre producteurs et commerçants, dans un contexte où la demande est très largement supérieure à l’offre. La concurrence entre les acheteurs est donc forte, et ils sont peu enclins à communiquer les chiffres inhérents aux transactions. Si le MIN réussit à jouer le rôle de chaînon manquant et de centralisateur des échanges de produits labellisés AB, il pourra grâce à ces outils proposer une expertise agricole spécialisée par l’entrée filière, ce qui est assez inédit. En effet, l’expertise pratiquée la plupart du temps se focalise soit sur la production, soit sur la commercialisation. En étant capable d’appréhen-der l’ensemble de la chaîne de valeur, le MIN se dote ainsi d’une compétence innovante. Ce pilotage par l’aval pourra être précieux, par exemple pour les acteurs d’aide à l’installation en agriculture (CIVAM Bio, chambre d’agriculture, etc.).

Focus « carreau bio et local »

Au marché gare de Montpellier, depuis le 4 octobre 2017 (Chambre d’agriculture de l’Hérault, 2017), un espace de vente, le « carreau bio et local » a permis d’intégrer une offre issue de l’agriculture biologique locale. Il fournit la possibilité pour les producteurs bio et locaux de bénéficier d’un espace de mise en marché spécifique. Le fait que de tels producteurs viennent vendre au MIN est loin d’être une nouveauté. En revanche, c’en est une qu’ils soient mis en valeur et puissent béné-ficier d’un marché en exclusivité. Les objectifs de ce marché sont multiples. D’abord, il s’agit de favoriser la rencontre entre professionnels de ces filières : production, restauration, commerce de détail, commerce de gros et demi-gros. Le MIN fait également le lien entre ces producteurs et les autres MIN partenaires ou avec le pôle de transformation.

Sur ce carreau, les producteurs viennent en moyenne principalement de quatre départements à proximité : Hérault (34), Gard (30), Lozère (48) et Aude (12), mais la très grande majorité est héraul-taise2 (Somimon, 2018). Le producteur le plus éloigné est un producteur de noix, en provenance de Montmirail (240 km) et les producteurs situés à plus de 100 km du MIN sont largement minoritaires (5 % environ). Il y a donc une souplesse par rapport au caractère « local » de la production, qui permet d’avoir une diversité de produits à proposer et de renforcer le nombre d’utilisateurs de l’outil MIN. Cela aide ceux qui veulent travail-ler en bio et local mais pas forcément en circuits courts à conforter leur activité. Enfin, cela permet de créer de l’emploi en soutenant ce type de filières, qui représentent un nombre relativement restreint d’acteurs par comparaison aux productions plus traditionnelles qui ne sont ni bio ni de la région montpelliéraine. Ce faisant, de l’emploi est créé, sécurisé et ancré dans le territoire.

Focus « pôle de transformation »

Soucieux d’agir à tous les niveaux possibles sur le système alimentaire local, le MIN a fait le choix d’accueillir de jeunes entreprises de transformation de produits alimentaires. Cette stratégie s’inscrit dans la logique immobilière de location de locaux qui assure des revenus au MIN, mais le choix de ces entreprises spécifiques dépasse le simple raisonnement budgétaire. En effet, il poursuit plusieurs objectifs : fournir des produits locaux transformés pour la métropole, réduire le gaspillage sur le MIN, mieux valoriser les produc-tions et le travail des producteurs et enfin reloca-liser des compétences en son sein.

Les entreprises

Aujourd’hui, sur le pôle transformation du MIN, on trouve six jeunes entreprises aux objectifs dif-férents regroupant trente-huit salariés.

« Agriviva » est une entreprise d’insertion qui transforme des fruits en prêt-à-consommer et vend en business to business uniquement. L’entreprise « Clarelia » élabore des plats pour personnes allergiques. « Il était un fruit » prépare des pétales de fruits séchés à partir de fruits hors calibre ou déclassés. Le MIN accueille également « Label d’Oc » spécialisée dans la mise en bocal, la brasserie « Le Détour », ainsi que l’entreprise de vente en ligne de découpe et de maturation « Le goût du bœuf ».

Ce faisant, le MIN sort de son rôle de plateforme logistique traditionnelle, en réponse à la baisse de fréquentation du marché physique par les producteurs et les commerçants. Le développement de nouvelles activités sur le site même du MIN lui permet de renforcer son importance stra-tégique dans la politique publique alimentaire de la région. L’accueil de plusieurs unités de transformation alimentaire permet de diversifier l’offre de produits disponibles sur le site du MIN, ce qui augmente son attractivité pour les commerçants qui viennent y faire leurs achats. Dans le même temps, les producteurs qui viennent pour vendre leurs marchandises sur le MIN y trouvent également un intérêt, car ils peuvent plus facilement valoriser leurs invendus grâce à ces unités de transformation. La proximité du pôle de trans-formation et des producteurs permet donc une double valorisation des produits, à la fois pour les producteurs et les transformateurs, tout en permettant une limitation du gaspillage. De plus, le pari est fait que la juxtaposition de ces entreprises peut créer un cluster agroalimentaire à même d’auto-entretenir une dynamique d’innovation.

Les avantages de ce regroupement

Ce regroupement est possible car chacun des acteurs y trouve un intérêt. Nous allons ici détail-ler les intérêts du point de vue des acteurs privés puis du MIN.

Intérêt pour les start-ups à se regrouper sur le MIN

Ce regroupement d’entreprises ne doit rien au hasard, la lourdeur des investissements pour une entreprise qui cherche à faire de la transformation alimentaire étant difficile à supporter. Le MIN est déjà un lieu équipé avec des entrepôts et des chambres froides, éléments indispensables à l’installation d’une entreprise de transformation. De plus, la situation géographique du MIN, proche des grands axes routiers, permet un approvisionnement facile et rapide en denrées alimentaires et facilite également l’écoulement des stocks.

Les entreprises du pôle de transformation étant toutes de jeunes entreprises, elles n’ont pas d’importants fonds de roulement, et il devient dès lors intéressant de se regrouper pour obtenir des ser-vices qui leurs seraient coûteux individuellement. C’est dans cette logique qu’elles ont créé un groupement d’intérêt économique qui leur permet de partager des frais d’assistance juridique ou de services d’hygiène et propreté ou simplement de vestiaires. Elles échangent également des ser-vices comme par exemple « Le goût du bœuf » qui commercialise en ligne des plats avec sa viande préparés par « Label d’Oc ». Plus qu’une simple juxtaposition de compétences, c’est un véritable échange de bonnes pratiques qui génère une dynamique d’entraînement.

Intérêt pour le MIN

Le modèle économique de la société d’économie mixte SOMIMON repose largement sur la location de locaux à des entreprises à des prix fixés par arrêté préfectoral. Dans un contexte de rigueur budgétaire, le MIN ne peut pas espérer réaliser des levées de fonds auprès de ses actionnaires (Métropole, chambre d’agriculture, CCI) ; par conséquent il a un intérêt évident à accueillir des entreprises sur son site.

La concentration de compétences permet aussi de renforcer la visibilité du MIN. En effet, celui-ci ayant pour ambition de devenir l’acteur incontournable des circuits alimentaires régionaux, il cherche à diversifier son offre de produits mais également ses services. De manière générale, l’in-tégration de nouvelles compétences renforce le poids du MIN lors des discussions avec les actionnaires et le rend peu à peu incontournable au sein du système alimentaire local.

La lutte contre le gaspillage, impulsée en synergie avec la P2A, permet aussi aux producteurs de dégager une valeur économique supplémentaire de leur production et contribue donc à la sécurisation des agriculteurs.

Le fait que les transformateurs se fournissent pour partie directement chez les producteurs venant sur le MIN renforce le lien social producteur- transformateur. De plus, cela limite la pression sur les prix que peut exercer un courtier qui a vocation à acquérir les produits nécessaires à la transformation au plus bas coût possible dans le système classique.

LIMITES ET FACTEURS DE RÉUSSITE DE LA MUTATION ENGAGÉE PAR LE MIN

Par l’installation d’un carreau bio et local et l’accueil d’entreprises de transformation agroalimentaire, le MIN cherche à développer des actions pour répondre aux enjeux de durabilité du sys-tème alimentaire local. Dans cette dernière partie nous discuterons de l’efficacité de ces actions.

Limites

Les innovations développées par le MIN sont potentiellement de forts vecteurs d’action pour améliorer la durabilité du système alimentaire montpelliérain. En effet, la centralisation de la gestion des flux pourrait permettre des gains énergétiques substantiels sur la distribution. En parallèle, la relocalisation de la transformation participe à un écosystème de production alimentaire plus résilient qui rééquilibre le rapport de force entre producteurs et transformateurs. Ces actions ne prennent un véritable sens que si elles fonctionnent sur la base de produits issus eux-mêmes de pratiques respectueuses de l’environnement tout en respectant le bien-être des travailleurs. La direction du MIN travaille en ce sens en valorisant les produits bio et locaux sur le carreau des producteurs ou via le box fermier et en portant une attention particulière aux projets des entreprises qu’elle installe sur le MIN. Cependant, des points de vigilance sont à relever et à prendre en compte pour assurer la pérennité et le développement de ces actions innovantes.

Points de vigilance concernant les facteurs humains

Comme nous l’avons vu, une des principales forces du MIN se trouve dans la présence de nombreux acteurs de la logistique et de la transformation alimentaire. Cependant, pour le moment, il n’y a pas de cohésion forte entre eux. Il faudra donc veiller à être inclusif lors de la mise en place des projets. Dans le cas de la réflexion sur le déploiement des outils logistiques, il faudra être vigilant concernant l’inclusion des grossistes dans le projet pour qu’ils ne se sentent pas en concurrence déloyale. La distinction entre le MIN et ces derniers réside dans la différence des marchés visés et dans la façon de gérer la marchandise. La mutualisation logistique ciblera les produits locaux et de saison avec des volumes relativement petits, alors que les grossistes visent l’exhaustivité de la gamme sur des volumes importants pour des débouchés différents. Cependant, les activités de ces deux acteurs seront proches et il est nécessaire d’établir un dialogue en amont pour anticiper des tensions.

Par ailleurs, les moyens humains de la SOMIMON paraissent très limités par rapport à l’ambition de l’entreprise. Nonobstant tous les avantages du travail en partenariat, celui-ci induit une inertie souvent importante qui demande une énergie de relance forte et régulière.

Points de vigilance concernant les facteurs matériels

Le caractère fini de la surface disponible dans les infrastructures sur le MIN contraint les entreprises incubées à une taille maximum. Cette limite à leur développement en taille peut être d’autant plus problématique du fait de la proximité des entreprises du pôle de transformation. Cela pourrait renforcer la concurrence entre les entreprises se positionnant sur des activités trop similaires les unes aux autres. La croissance de ces entreprises a été anticipée, mais il faut veiller à ce que leurs décisions stratégiques à venir favorisent une émulation et des intérêts communs en développant des complémentarités plutôt qu’en générant de la concurrence.

À travers cette stratégie de regroupement des entreprises, le MIN cherche à être un acteur incontournable dans la filière de la transforma-tion régionale. Par essence, l’objectif du MIN est territorial, ce qui n’implique pas forcément que ces objectifs soient durables. Par conséquent, il convient d’être particulièrement vigilant concernant le choix des entreprises implantées et notamment sur le choix des produits transformés, afin de s’assurer qu’ils répondent bien aux critères de durabilité compatibles avec les exi-gences du MIN.

Points de vigilance concernant les facteurs économiques

Le marché gare mise beaucoup sur la structu-ration de la filière agriculture biologique. La question du succès de cette entreprise se pose cependant, compte tenu de l’importante autonomie actuelle de cette filière. En effet, le constat est que les producteurs s’arrangent la grande majorité du temps directement avec les acheteurs (particuliers, grossistes, restaurateurs, gérants de commerces, etc.). La venue d’un acteur tiers tel que le MIN pourrait être simplement ignorée, dans le cas où les acteurs ne verraient pas l’intérêt de complexifier leurs circuits de distribution en place. Plus grave encore, elle pourrait être un facteur de distorsion de marché, en rendant trop transparentes et accessibles des données sur les prix, vendeurs et acheteurs. Le cours des produits bio pourrait être infléchi à la baisse, ou du moins laisser envisager aux acteurs la possibilité qu’il le soit. Dès lors, cette initiative du MIN est indisso-ciable d’un important travail de communication pour expliquer les tenants et aboutissants de l’ac-tion, ainsi que les parades à ces effets néfastes prévues.

La définition du « local » que le MIN propose est à expliciter car elle dépend des référentiels. Les approvisionnements se faisant dans un rayon de 200 km, certains acteurs peuvent ne pas considérer les produits proposés comme locaux ou y voir de la concurrence déloyale, devant aligner leurs prix sur ceux d’acteurs éloignés.

La viabilité sur le long terme des partenariats montés avec la chambre d’agriculture et les asso-ciations n’est pas acquise. Ces instances souffrent d’une fragilité financière et d’une vision politique à trop court terme, du fait de la tendance à la baisse drastique des subventions aux associations, mais aussi du possible changement de politique avec les élections à la chambre d’agriculture. En effet, un changement de stratégie à la chambre pourrait se traduire par le retrait de cette dernière du projet. Ce faisant, les projets initiés en commun pourraient être fortement impactés.

Enfin, une autre limite a trait à la volonté politique externe. Si la politique volontariste de la Métropole s’arrête, la Métropole pourrait tarder à renouveler le bail de concession du MIN à la SOMIMON. Bien que cela puisse ne pas avoir de conséquences sur le budget de fonctionnement du MIN, cela pourrait limiter la capacité de la SOMIMON à négocier des emprunts destinés à l’investissement.

Facteurs de réussite

Malgré ces limites, le MIN détient toutes les clés pour lui permettre d’atteindre ses objectifs.

Un environnement politique et économique favorable

Pour rappel, son modèle économique repose sur la rente foncière, ce qui dégage assez peu de moyens mais est d’une grande stabilité. Par conséquent, un éventuel changement de politique publique ne sonnerait pas forcément le glas financier pour le MIN.

Actuellement, la volonté politique va dans la direction d’un bon développement du MIN. Tous les actionnaires ont une mission d’intérêt général qui se traduit par le soutien à ses actions. Afin d’augmenter encore son impact sur le territoire, le MIN est cependant perpétuellement en recherche de nouveaux partenariats avec les collectivités locales.

Des partenariats porteurs

Les nouvelles actions du MIN se situent à la rencontre de l’initiative privée et de la volonté politique. En effet, la parole politique enjoint le MIN à s’engager dans des actions de relocalisation et de transition vers un système alimentaire montpelliérain durable, mais ce sont bien des porteurs de projets privés qui répondent à ces attentes. Le MIN contribue pour sa part à l’organisation opéra-tionnelle de la rencontre des ambitions privées et de la vision politique. Les partenariats ainsi montés impliquent des acteurs multiples et motivés. Pour chacune des parties prenantes, le risque est limité par la multiplicité des actions et acteurs. La résilience du pôle de transformation réside dans le fait qu’elle est composée de plusieurs acteurs privés. L’inclusion du plus grand nombre permet l’acquisition d’information et une transparence et donc une meilleure connaissance des possibles. Enfin, ces actions de partenariat bénéficient d’une base solide, grâce à la continuité de la politique en interne d’un directeur en place depuis longtemps (2010).

CONCLUSION

Un créneau novateur qui permet la différenciation

Malgré ces éléments positifs, des interrogations liées à l’instabilité des politiques, aux moyens humains limités et à la concurrence potentielle sur le site subsistent. Le MIN de Montpellier est un outil très intéressant pour améliorer la durabilité du système alimentaire de la ville. Plateforme logistique bien équipée en infrastructures, mine d’entreprises diversifiées du secteur, le MIN bénéficie de surcroît d’un pilotage porté sur l’innovation. Des actions ont commencé à être mises en place pour favoriser et structurer les filières bio et locales (carreau des producteurs) ou encore valoriser les invendus en limitant le gaspillage alimentaire (pôle de transformation). De surcroît, l’environnement politique et financier est actuellement favorable au développement de ces innovations. Ces dernières, une fois réalisées, permettront de fixer l’emploi local dans sa diversité, de créer une nouvelle dynamique autour des filières locales et de l’agriculture biologique et à terme de prendre le rôle du chaînon actuelle-ment manquant dans les filières de qualité et de proximité.

Une action publique qui ouvre un filon prometteur pour l’innovation dans le système alimentaire montpelliérain

Ces actions innovantes ont le potentiel de décupler la plus-value du MIN par rapport aux GMS : contact humain, intégration de toutes les tailles d’entreprises (producteurs / vendeurs), etc. Le MIN favorise l’accès aux petits producteurs, car il permet la vente de petits volumes, les irrégularités dans l’offre, la bonne valorisation (lien avec les start-ups, limitation du gaspillage, etc.). Il supprime les délais de paiement inhérents au système GMS, qui peuvent être rédhibitoires. En conséquence, il aide au maintien des petits producteurs, dont ceux qui ne sont pas forcément intéressés par la commercialisation en circuit court. Il favorise la biodiversité (les petites fermes qui sont souvent plus agroécologiques, voire biologiques, mais aussi la biodiversité des entreprises), la diversité des productions, et fixe de l’emploi dans les zones rurales. En travaillant à la fois sur les dimensions production, transformation et distribution, le MIN devient un outil de reconquête de la souveraineté alimentaire locale. En résumé, il participe pleinement à rendre le système alimentaire montpelliérain plus durable.

Auteurs : Victor Giguet-Chevalier et Lucie Poline


[1En comptabilisant les impacts environnementaux de chaque étape du transport d’un produit alimentaire, il apparaît que la partie la plus néfaste est celle dite du « dernier kilomètre ». Elle se réfère à la somme des émissions liées à l’usage des voitures individuelles des particuliers pour aller faire les courses.