Panjee : un passeport digital de produits agricoles et alimentaires
LES ACTES DE JIPAD 2017
Vidéo de présentation
MOTS-CLÉS : TRAÇABILITÉ, SCHÉMA DE CONNEXION, POLITIQUE PUBLIQUE ALIMENTAIRE, STRUCTURATION DE FILIÈRE ALIMENTAIRE
Les crises alimentaires successives (vache folle, viande de cheval) et leur médiatisation contribuent à sensibiliser l’opinion publique et les consommateurs Laux problèmes de risques sanitaires et de traçabilité des aliments : d’où viennent ces aliments ? Quelle est leur origine ? Quelles sont les conditions de leur transformation ? Quels ingrédients y ont été ajoutés ? La perte de confiance des consommateurs dans les systèmes de production, de transformation et de distribution alimentaires impacte fortement les systèmes alimentaires. Pour remédier à ce problème, des réformes, qui consistent à fournir des informations sur l’origine (viande made in France ) et la composition des produits, ont été engagées par les autorités européennes et les professionnels de l’agroalimentaire. Le cadre de suspicion généralisé conduit les professionnels agricoles et alimentaires à proposer de nouvelles alternatives reposant sur des systèmes d’échanges garantissant une qualité spécifique (label bio, AOC) ou s’appuyant sur de nouvelles modalités d’échanges d’informations sur un produit par un contact direct entre le consommateur et le producteur (vente directe et livraison de paniers, circuits courts). Ces initiatives sont intéressantes mais restent limitées, car elles ne couvrent pas l’ensemble des produits alimentaires. Le développement des nouvelles technologies de l’information ouvre de nouvelles opportunités pour répondre aux demandes d’informations. L’innovation présentée ici s’inscrit dans cette nouvelle dynamique et propose la mise en place d’un système d’information sur les produits interactif (renseigné par les professionnels des filières agroalimentaires). Cette étude analyse dans quelle mesure ce système innovant
contribue à l’émergence de systèmes alimentaires durables en se questionnant sur les différents impacts futurs possibles.
CONTEXTE
Suite à la perte de confiance croissante mentionnée ci-dessus, les acteurs de l’agroalimentaire (pouvoirs publics, institutionnels, producteurs, industriels, grande distribution) ont développé un certain nombre d’initiatives alimentaires alternatives afin d’apporter des garanties et de guider le consommateur dans ses pratiques d’achat. Néanmoins, l’accumulation de signes ou labels contribue à brouiller les messages. À cela s’ajoute un nombre de références toujours plus important devant lequel le consommateur a des raisons de se perdre. De plus, « l’argument prix et les attributs visuels de communication auraient tendance à relayer les signes officiels et autres informations nutritionnelles au second plan » (Trespeuch, 2015). Au final, les informations présentes sur l’étiquette, la garantie d’un label ou la marque du distributeur ne suffisent pas à « rassurer une société en mal de repères collectifs et qui serait pourtant prête à donner plus de sens, de valeurs et de durabilité à sa consommation » (Trespeuch, 2015). Le mangeur des villes si éloigné de la terre où sont produits les aliments est devenu un consommateur désorienté et solitaire (Krausz et al ., 2013).
L’ESSOR DE LA FOODTECH
Dans un contexte de numérisation croissante de la société et des marchés, on voit apparaitre le concept de « Foodtech ». Ce terme désigne
l’alliance du secteur de l’alimentation avec les nouvelles technologies, au service de plusieurs activités de l’alimentation, telles que les services de livraison, les moteurs de recherche, la gestion de l’information produit, etc.
De plus en plus de projets (sites Internet, applications, plateformes, etc.) émergent pour tenter de clarifier, simplifier et centraliser l’information sur les aliments. Ces initiatives viennent de différentes catégories d’acteurs ; en voici quelques exemples : les pouvoirs publics avec la plateforme Oqali[1] , le regroupement des consommateurs avec le système d’Open Food Facts[2] , des acteurs privés avec les applications Shopwise et Kwalito. Néanmoins, la plupart de ces outils traitent principalement de produits transformés, ce qui « réduit l’information produit à quelques thématiques seulement : aspect nutritionnel, liste d’ingrédients et allergènes, et parfois d’autres informations comme l’origine, les labels et distinctions, etc. » (Dehaye, 2016).
S’il semble nécessaire d’avoir une meilleure communication de l’information sur les aliments dans les circuits alimentaires de demain, le numérique est-il capable d’y apporter une réponse ? Est-il capable de donner « plus de sens, de valeur et de durabilité à la consommation alimentaire » comme l’évoque Christophe Trespeuch (2015) ? Ce sont les questions auxquelles la suite de cette étude va tenter de répondre.
PANJEE
Depuis près d’un an et demi, une start-up nommée Panjee, implantée à Montpellier, travaille à la création et à la mise en place d’un système d’information collaboratif pour les produits alimentaires. Celle-ci devrait voir le jour au cours de l’année 2017. Les fondateurs de la start-up ont choisi de nommer leur société Panjee en référence à la Pangée, le supercontinent qui regroupait les terres émergées avant sa fracturation. « Nous avons souhaité faire référence à ces terres unifiées afin de montrer notre détermination à créer une base de données unique », expliquait Léonard Matoug, cofondateur de Panjee, à Christophe Greuet, journaliste du Midi Libre (2017).
D’où vient Panjee ?
Deux constats relativement simples ont été faits par ses concepteurs (Léonard Matoug, George Kozma et Jeoffrey Queruel) au fil des rencontres avec les acteurs (consommateurs et producteurs) de la filière alimentaire.
Le premier est celui évoqué précédemment : les consommateurs ont besoin de retrouver de la confiance dans les systèmes alimentaires qui les entourent. Le second est le manque de valorisation des produits de qualité par les petits acteurs, « beaucoup d’acteurs qui nous nourrissent (producteurs, commerçants, coopératives, etc.) savent faire de très bons produits mais très peu savent le montrer… » (Matoug, 2017). Dans le prolongement de cette idée, un troisième constat a pu être effectué : il concerne la lourdeur représentée par le renseignement correct et régulier du produit alimentaire vendu au consommateur : « On a de plus en plus de canaux de diffusion (e-commerce, site web, réseaux sociaux, etc.) de l’information […]. Aujourd’hui un épicier fin qui doit rentrer l’information doit le faire un nombre incalculable de fois et doit la tenir à jour sur tous ces canaux de distribution. Ce qui fait que l’information qui nous arrive est très pauvre, parce qu’elle nécessite un effort considérable et qu’en même temps elle se périme très rapidement, sa qualité diminue, sa validité diminue … » (Matoug, 2017).
C’est à cette problématique de circulation de l’information entre tous les acteurs de la chaîne alimentaire qu’ont voulu répondre ces trois jeunes entrepreneurs en créant Panjee.
Panjee, c’est quoi ?
C’est une « plateforme source d’information », c’est-à-dire une très grande base de données informatiques construite par les acteurs en amont de la filière, qui se caractérise (pour chaque aliment répertorié) par :
- →une information classée, ordonnée, mise en forme, avec un langage clair et ludique pour que le consommateur puisse le comprendre ;
- →une information fiable (chaque source est identifiée, on sait qui dit quoi et qui utilise quel contenu) ;
- →une construction collaborative et une grande diversité dans l’origine de l’information (chaque professionnel peut y contribuer).
2. https://fr.openfoodfacts.org/
FIGURE 1. PANJEE, COMMENT ÇA MARCHE ?
Le projet de Panjee est donc « de réunir les différents acteurs de l’alimentation autour d’une même plateforme qui organise la création, l’échange et la diffusion de l’information. La gestion et la mise à jour de l’information est répartie entre les acteurs qui collaborent selon leur expertise, afin de minimiser l’effort individuel pour maximiser le résultat collectif : une information complète, fiable et visible, permettant une meilleure transparence et communication des produits alimentaires auprès des consommateurs » (Dehaye, 2016).
Toute cette information se matérialise par une fiche composée de modules d’informations (profil du producteur, profil du commerçant, idées de recettes, apports caloriques, recyclage des déchets, etc.) appelée « passeport digital du produit ».
Ce passeport digital du produit est une représentation des différentes étapes du parcours d’un produit. Il permet de couvrir ainsi l’information le concernant tout au long de sa vie, « de la “naissance“ à la “mort“, tout en donnant la parole aux humains derrière le produit » (Dehaye, 2016).
En clair, une fiche produit va agréger l’information qui est fournie par le producteur sur la variété, les conditions, les pratiques, le lieu de production, etc. Ensuite le distributeur donne l’information commerciale, c’est-à-dire le prix et pourquoi il a choisi ce produit, pourquoi le vendre,
etc. Ainsi tout le monde sait de qui vient l’information et qui l’utilise.
Comment ça marche ?
Comme on peut le voir sur la figure 1, Panjee comporte de nombreux schémas de connexions, qui sont tout simplement les liens/informations qui relient offre et demande.
La figure représente le chemin d’impact que pourrait avoir Panjee sur l’ensemble du système alimentaire. Elle se lit de gauche à droite. Dans un premier temps, l’offre est représentée par les producteurs, les transformateurs, les labels, les commerçants et autres acteurs de la société civile (association, professionnel de la santé, etc.). Chacun d’eux va renseigner l’information qu’il a en sa possession. Dans le langage des chemins d’impacts, ces informations représentent des « inputs » (c’est-à-dire les informations entrantes que le système utilise pour fonctionner). Ces « inputs » forment un « output », qui se matérialise par la base de données et un « outcome », qui est l’entité propre du système : le passeport digital du produit.
Une fois cet « outcome » constitué et mis à disposition, il va pouvoir influencer les différentes sphères de notre société (économie, environnement, politique, etc.). On va alors parler d’impacts que l’« outcome » a, ou pourrait avoir dans notre cas, sur le système alimentaire.
La demande est représentée ici par les consommateurs, les collectivités publiques ou les acteurs de la filière, qui sont des acteurs à part entière du système alimentaire. Ils peuvent eux-mêmes influencer les impacts par leurs propres choix/ actions de consommation. Voilà pourquoi dans la figure les impacts sont représentés par des flèches à double sens.
Ainsi, l’information circule de l’offre à la demande et inversement, par la création de schémas de connexions générés par l’utilisation du passeport digital, composante primaire de Panjee.
(Lignon, 2017). Les schémas de connexions que propose Panjee, expliqués ci-dessus, semblent pouvoir répondre à cette problématique.
« Il faut que l’offre et la demande arrivent à se parler, se rencontrer, se conna î tre, expliquer leurs attentes et leurs besoins. Une fois que l’on connaît la demande, ses besoins, ses volumes nécessaires, sa stratégie économique, on peut alors structurer l’offre et la rendre plus adéquate. Il ne reste plus qu’à identifier les différents intermédiaires afin de savoir qui peut travailler avec qui, d’abord en direct, puis avec un ou plusieurs intermédiaires. On crée ainsi des schémas de connexions » (Lignon, 2017).
Avec quel Business Plan ?
La création d’informations sur Panjee se fera de façon gratuite et accessible par tous.
Quelle que soit sa taille, chaque acteur de la chaîne alimentaire sera concerné et pourra intervenir dans ses champs de compétences. Un acteur déterminé à créer un passeport digital de son produit ne dépensera en aucun cas de l’argent pour le faire. En revanche, ce sera sur la diffusion de cette information que se rémunèrera Panjee. Par exemple, si un commerçant, une fois sa fiche produit créée sur Panjee, souhaite la faire apparaître sur son propre site Internet, il devra payer une certaine somme afin de créer une connexion entre la base de données Panjee et son site Internet. Idem, si ce même commerçant a une application smartphone relayant son activité économique, il devra payer pour connecter les deux bases d’informations.
À l’image d’un Apple Store, le commerçant qui créera sa fiche produit sur Panjee et qui voudra la diffuser aura face à lui un Panjee Store qui lui proposera les différentes options/applications qui s’offrent à lui pour véhiculer l’information en fonction des réseaux de connexions qui lui sont propres.
LES IMPACTS QUE POURRAIT AVOIR PANJEE
Des schémas de connexions qui structurent le système alimentaire
Selon Luc Lignon, directeur de la Politique alimentaire de la Ville de Montpellier, « l’offre ne connaît pas la demande et la demande ne connait pas l’offre. C’est-à-dire qu’il n’y a pas de visibilité de qui peut travailler avec qui à l’heure actuelle »
Un fonctionnement qui contribue à diminuer les pertes et gaspillages de la filière alimentaire ?
En permettant la mise en relation et favorisant les contacts entre professionnels, Panjee facilite leur coordination, donc contribue à une meilleure organisation du métier, passant par l’optimisation de la production, du flux logistique, de l’approvisionnement, des canaux de vente, etc. De plus, avec le déploiement son activité, Panjee aura une activité « Smart Dat a » avec une analyse de données et pourra faire remonter de la « donnée marché » (c’est-à-dire la demande des consommateurs, leurs critères de recherches, etc.) aux professionnels. Ceux-ci pourront donc améliorer l’offre alimentaire pour optimiser son adéquation à la demande, ce qui pourra contribuer à la diminution des pertes et gaspillages.
Un fonctionnement qui favorise le consentement à payer du consommateur ?
D’après Marine Le Gall-Ely[3] , le consentement à payer « est défini comme le prix maximum qu’un acheteur consent à payer pour une quantité donnée d’un bien ou d’un service ». Il désigne donc un seuil au-delà duquel l’acheteur renoncera à l’achat.
Suite à la crise économique de 2008, qui a eu comme conséquence de baisser le pouvoir d’achat des ménages, le seuil que les consommateurs étaient prêts à payer a baissé.
En revanche, ces dernières années ont été marquées par l’émergence d’un nouveau mode
3. Professeure agrégée des sciences de gestion, marketing, comportement du consommateur à l’Université de Brest.
de consommation : « la consommation responsable ». Les consommateurs souhaitent désormais donner un sens à leur acte d’achat, ce qui influe directement sur le consentement à payer. Par exemple, par souci de défendre les produits dits éthiques ou issus de l’activité locale, les français se disent prêts à payer plus cher certains biens (sept français sur dix se disent prêts à payer jusqu’à 10 % plus cher pour des produits respectant des conditions de production équitables et durables[4] ).
En véhiculant de l’information sur le produit et en donnant de la transparence au système alimentaire, Panjee joue un rôle dans le consentement à payer du consommateur.
Un fonctionnement qui incite à la création de politiques publiques alimentaires ?
Selon Bernard Pecqueur[5] , « si on veut reconstituer l’offre alimentaire autour des villes, tenant compte de la production de proximité, et également du besoin de consommation de proximité, il faut en organiser la gestion, ainsi que les individus. Dans ce cadre, tous les services que pourrait apporter une société comme Panjee sont des services qui fluidifient l’information et qui permettent de faire fonctionner le marché » (Pecqueur, 2017). Cette structuration de la filière alimentaire dans son ensemble semble également représenter un premier pas dans l’élaboration d’une politique alimentaire quelle qu’elle soit.
C’est en tout cas ce que semble penser Montpellier Méditerranée Métropole. Ses responsables en charge de ces questions estiment « qu’articuler offres agricoles et demandes alimentaires locales est une première piste d’action sur le système alimentaire qui semble “couler de source“ pour les collectivités locales. Elles se trouvent déjà impliquées des deux côtés, par l’action sur les terres et l’installation agricole d’une part, et par l’action sur des lieux de distribution et de consommation alimentaire d’autre part » (Soulard, 2015).
Les chemins pour réussir cette articulation entre l’offre et la demande sont multiples et d’ampleur inégale, allant de l’échelle de l’individu et de
4. Étude de Promise Consulting, sur demande du Forum mondial des droits de l’Homme, Nantes, 2013.
5. Économiste de formation, spécialisé en économie territoriale, Bernard Pecqueur enseigne actuellement à l’Institut de géographie alpine de Grenoble.
son réseau d’approvisionnement ou de commercialisation, à celle des lieux collectifs de vente (type marchés ou boutiques) ou de consommation (cantines), jusqu’aux échelles plus complexes des filières locales dotées d’une logistique passant par des grossistes (type Marché d’intérêt national MIN).
Panjee semble être un outil capable de répondre à cette articulation. L’information générée et véhiculée par son passeport digital pourrait permettre de servir d’autres objectifs : éduquer à l’alimentation, renforcer l’équité d’accès à une alimentation locale et de qualité, diversifier l’offre alimentaire, etc.
Panjee, une forme de « système alimentaire du milieu » ?
Depuis quelques années, l’Institut supérieur d’agriculture et d’agroalimentaire de RhôneAlpes (ISARA) travaille sur l’établissement de « systèmes alimentaires du milieu » (SYAM).
« Les SYAM sont des formes d’organisation qui lient des producteurs, transformateurs, distributeurs et consommateurs sur la base d’un partage de valeurs. Ces systèmes du milieu travaillent à créer une proximité relationnelle entre les producteurs et les consommateurs semblable à celle qu’on peut trouver dans les circuits courts, en même temps que leur périmètre d’action nécessite une logistique importante et que certains partenaires sont d’envergure nationale » (Brives et al ., 2015). Initiés aux États-Unis, les SYAM s’apparentent à des systèmes alternatifs dans ce pays. L’ISARA les qualifie plutôt comme des « systèmes hybrides » en France. Dans les exemples américains examinés, la différenciation des produits repose sur l’identification des producteurs et la personnalisation du lien que les consommateurs peuvent avoir avec eux. Ce lien est majoritairement « numérique » par l’intermédiaire d’Internet.
Ken Meter estime que l’enjeu des sites Internet est crucial, car ils créent des produits de type « food with the farmer’s face on it »[6] (Meter, 2010). Cette forme de proximité relationnelle, utilisant largement Internet, relie chaque produit à un producteur avec lequel le consommateur partage des valeurs.
6. Traduction de l’auteur : « Des aliments arborant le visage du producteur ».
Cette proximité presque familiale qui est cherchée entre le producteur et le consommateur est le principal critère de qualification des produits. « Le producteur, ainsi identifié à titre personnel et partie prenante du processus de définition de la valeur au sein de la chaîne agroalimentaire acquiert, dans ces systèmes alimentaires, le statut d’acteur stratégique non interchangeable » (Brives et al ., 2015).
Comme on peut le voir sur la figure 2, Panjee semble pouvoir s’intégrer dans cette notion de SYAM, qui sont des configurations intermédiaires en termes de taille, hybrides de par les acteurs qu’elles mobilisent, leurs formes d’organisation et les valeurs qu’elles portent, et de par l’impact territorial qu’elles peuvent avoir.
FIGURE 2. PANJEE, UN « SYSTÈME ALIMENTAIRE DU MILIEU » ?
CONCLUSION
Panjee souhaite être un moyen innovant pour recréer de la confiance en connectant tous les acteurs ensemble, en les faisant contribuer à la meilleure information possible pour le consommateur. Son système doit faciliter le dialogue entre les acteurs et permettre de les aider à adopter un langage commun, qui selon les cofondateurs a disparu au fil du temps. « Pour qu’il y ait un dialogue, il faut qu’il y ait un langage commun ! » (Matoug, 2017). Panjee serait ce langage. Un langage qui va permettre de créer de l’information et de l’échanger avec tous les acteurs et de faire contribuer ainsi tout le monde à la qualité de cette information. « Panjee est un schéma
très naturel d’écosystème dans lequel tout le monde a son rôle à jouer et tout le monde a son bénéfice à retrouver » (Matoug, 2017). De plus, la démarche finale de ce système est de (re)placer le consommateur dans un acte engagé et conscient de consommation. « On va devenir des consommateurs informés, et je pense que le nouveau paradigme de l’alimentation, c’est d’avoir une offre qui sait communiquer et une demande qui peut s’informer. Ce sont les bases d’un nouveau dialogue qui profite à tous parce que ça permet l’optimisation des ressources, la structuration des filières, l’amélioration de l’offre en temps réel… » (Matoug, 2017).
Même si la start-up est en bonne voie, la plateforme élaborée par Panjee n’est pas encore, à l’heure où cette étude est réalisée, sur le marché.
La réussite de ce système repose intégralement sur l’adhésion des acteurs, ce qui représente l’une de ses forces mais aussi l’une de ses faiblesses. On est en droit de se questionner sur l’intérêt que l’acteur (consommateur comme producteur) trouvera à adhérer au système. Est-ce que cet intérêt se maintiendra dans le temps ? Renseigner l’information/la traçabilité au quotidien n’est-il pas trop lourd pour un petit acteur (épicier, producteur, etc.) ?
DISCUSSION
Comme toute innovation, Panjee a besoin de faire ses preuves pour avoir le droit d’exister dans le paysage socioéconomique actuel. Celles-ci passeront obligatoirement par un réel engagement financier et politique de la part de ses partenaires, car son système de fonctionnement nécessite d’importants moyens structurels (locaux, engins informatique et numérique, etc.) et humains, afin de pouvoir gérer en permanence le réseau (il semblerait que l’activité nécessite de nombreux équivalents temps plein).
Localement, Panjee a l’air de convaincre. C’est en tout cas ce que laisse entendre Montpellier Méditerranée Métropole (Lignon, 2017), qui envisagerait la participation de la plateforme dans le cadre du fonctionnement de la restauration collective ou de l’approvisionnement de produits locaux d’une structure comme le MIN Mercadis[7] .
7. Marché d’intérêt national de Montpellier Méditerranée Métropole.
Néanmoins, à une échelle supérieure cela reste encore flou…
Selon Pascal Peny[8] , Panjee arrivera à exister à deux conditions. La première est économique et concerne le professionnel de la filière : « Il faut qu’il y ait une plus-value assez claire… je développe mon chiffre d’affaire grâce à Panjee parce que je joue le jeu » (Peny, 2017). La seconde est sociétale, elle concerne encore une fois le professionnel : « Il y a une question de norme socio économique qui rentre en compte, une contrainte de marché qui m’incite, voire qui m’oblige à renseigner […]. Un professionnel peut se dire “Si je veux accéder à ce type de marché, il faut que je renseigne…“ » (Peny, 2017). Une troisième pourrait être émise, qui concerne le consommateur à travers une confiance qu’il pourrait retrouver dans le système alimentaire et une connexion avec ses intérêts propres (valeurs, éthique, régimes alimentaires, religion, budget, etc.).
De plus, si Panjee veut exister de façon durable, elle devra faire face à d’autres problèmes : la concurrence (des solutions de plateforme numérique relayant l’information sur les produits existent déjà et certaines sont en plein développement, comme Agrilocal26[9] dans la Drôme), l’accessibilité au numérique (de nombreux acteurs et consommateurs ne sont pas encore connectés avec toutes les nouvelles technologies), l’éventuelle lassitude des acteurs à renseigner l’information, ou encore le scepticisme et les questionnements que certains acteurs émettent à l’évocation de ce projet d’innovation.
GREUET C., 2017. Montpellier : la start-up Panjee veut recréer la confiance dans l’alimentation. Disponible sur Internet : http://www.midilibre.fr/2017/03/07/ montpellier-la-start-up-panjee-veut-recreer-laconfiance-dans-l-alimentation,1475463.php
KRAUSZ N., LACOURT L., MARIANI M., 2013. La ville qui mange – Pour une gouvernance urbaine de notre alimentation . Éditions Charles Léopold Mayer, 286 p.
METER K.., 2010. Food for Thought : Food with the Farmer’s Face on It. Emerging Community-Based Food Systems. Minneapolis : W. K. Kellogg Foundation, 63 p. Disponible sur Internet : http://www.crcworks.org/ fface.pdf
SOULARD C.T., 2015. Construire une politique agricole et alimentaire pour la Métropole de Montpellier – Étude de préfiguration . Montpellier : Inra et MMM, 49 p.
TRESPEUCH C., 2015. La maison de l’alimentation , Actes de la Jipad 2015. Montpellier : Chaire Unesco AdM, Montpellier SupAgro, Cirad, 87-95.
Entretiens
DEHAYE B., 2016, membre de Panjee.
LIGNON L., 2017, directeur de la Politique alimentaire de la Ville de Montpellier.
MATOUG L., 2017, cofondateur de Panjee.
PECQUEUR B., 2017, économiste.
PENY P., 2017, directeur du service « partenariat » de Montpellier SupAgro,
BIBLIOGRAPHIE
BRIVES H., CHAZOULE C., FLEURY P.,
VANDENBROUCKE P., 2015. La notion « d’agriculture du milieu » est-elle un cadre pertinent pour renouveler l’analyse de l’agriculture de Rhône-Alpes ? , SFER, 17 p.
DEHAYE B., 2016. Information des aliments et action collaborative. Le système de Panjee. Synthèse de mémoire de fin d’étude, Montpellier SupAgro, 4 p.
Cette étude s’est également basée sur les entretiens suivants, dont les contenus sont venus enrichir l’analyse :
COLONEL-BERTRAND.B., 2017, directeur du MIN de Grenoble.
NAMY M., 2017, président d’UFC Que Choisir Grenoble.
ROUSSEL H., 2017, directrice du Développement économique et de l’Emploi de Montpellier Méditerranée Métropole.
8. Directeur du service « partenariat » de Montpellier SupAgro.
