JIPAD 2017v_import

THEME 01. Création de valeur dans les filières

BLANDINE ARVIS, LÉA BERMOND, FLORENCIA CAPPIELLO, ALINE DENIAU, BENJAMIN DUCHÉ, LISA FERNANDES, GUILLAUME MÉRIC, RÉMI VAN DE MAELE

Aujourd’hui, les systèmes alimentaires voient leur durabilité compromise, à la fois aux niveaux environnemental, social et économique. Ce constat alarmant nous concerne tous autant que nous sommes et nous impose de repenser les filières dans leur ensemble. Heureusement, des solutions innovantes existent et des personnes s’engagent pour imaginer de nouvelles façons de produire, consommer ou travailler ensemble pour construire une alimentation plus durable. Ce chapitre présente des innovations qui illustrent une petite partie de la diversité existante, parmi les réponses qui sont apportées aux notions de durabilité et de création de valeur dans les systèmes alimentaires.

Les huit exemples regroupés dans ce chapitre ont été présentés lors de la Journée des innovations pour une alimentation durable (Jipad) en deux sessions parallèles permettant à chacune de débattre autour de quatre d’entre eux. Chaque session était représentative de la diversité évoquée ci-dessus.

Les exemples réunis dans ce chapitre permettent d’explorer des innovations telles que la création de produit, le développement de procédés (comme l’obtention d’aliments simili-carnés) ou encore des innovations organisationnelles. On constatera que souvent les innovations techniques impliquent un besoin d’innovation organisationnelle, qui elle-même pourra être à l’origine d’une innovation technique.

Ces innovations peuvent intervenir au niveau d’une étape spécifique de la production ou de la consommation. L’exemple de la mécanisation de

la post-récolte de la filière quinoa en Argentine illustre une intervention sur une étape spécifique. Au contraire, certaines innovations concernent des filières dans leur globalité, comme le projet de valorisation d’espèces végétales sous-utilisées, où des filières entières sont créées.

Les initiatives rassemblées dans ce chapitre illustrent également le fait que la notion de durabilité dépend du ou des initiateurs de l’innovation. Elles peuvent être portées par différents instigateurs, tels que des entrepreneurs, des collectivités, des citoyens, des instituts de recherche… qui parfois s’associent pour créer de la valeur ensemble.

Selon leur profil et leur motivation, mais aussi selon la zone géographique considérée et l’échelle du territoire à laquelle ces instigateurs innovent, la valeur créée n’est pas la même : il peut s’agir de sécurité alimentaire, de cohésion sociale, de bénéfices environnementaux, de résilience économique, d’emplois, de connaissances, etc.

Si généralement la notion de valeur est avant tout perçue de manière économique, elle peut également revêtir les autres dimensions de la durabilité, à savoir les piliers social et environnemental. Par exemple, l’insetting via l’agroforesterie entend créer de la valeur sur toutes ces dimensions.

Prendre en compte tous les piliers de la durabilité nous amène à changer nos modes de penser et donc à innover. Chaque innovateur a ainsi sa propre définition de « la valeur » représentant les intérêts qu’il veut défendre et les causes pour lesquelles il veut s’engager. Par exemple, dans le cas de l’aridoculture, c’est avant tout une

préoccupation environnementale des acteurs qui les a poussés à reconcevoir un système de production pour optimiser l’utilisation de l’eau.

L’échelle à laquelle l’innovation intervient est aussi déterminante. Dans certains cas, l’innovateur cherche à répondre à des enjeux globaux de durabilité tels que la raréfaction des ressources ou les inégalités sociales. Dans d’autres cas, les innovations répondent à des enjeux communs au sein d’une filière. Par exemple, pour l’aquaculture multi-trophique intégrée, ce sont des problématiques inhérentes à toute la filière qui ont amené les acteurs à repenser leur mode de production. Ou bien c’est le contexte d’un territoire qui est à l’origine de l’innovation. Celle-ci cherche alors à répondre à des objectifs plus spécifiques et locaux. C’est le cas par exemple du projet du Causse Méjean qui, avec comme objectif la redynamisation du territoire, a réuni des acteurs autour de la création d’une microfilière farine.

Finalement, on peut penser que les systèmes alimentaires sont organisés pour satisfaire les

consommateurs. Quelles sont les solutions pour que ces derniers prennent conscience de la valeur de leur alimentation ? En effet, pour que les innovations aient du succès, il faut que les consommateurs puissent percevoir un avantage. Actuellement, le lien avec le producteur ou la connaissance de ses pratiques via des labels sont des exemples concrets d’avantages reconnus par le consommateur.

Les innovations peuvent cependant viser non pas la satisfaction des consommateurs directement mais chercher à favoriser la pérennité d’autres acteurs des systèmes alimentaires, par exemple les producteurs ou les entreprises. Dans ce cas-là, le succès de l’innovation dépend de sa capacité à répondre aux problématiques rencontrées par ces acteurs. Par exemple, pour FeedAccess, c’est clairement l’irrégularité de l’approvisionnement en matière première pour les éleveurs des pays du Sud qui est la source de l’innovation.

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THEME 02. Dynamiques territoriales

Au XX[e] siècle, la modernisation et la spécialisation de l’agriculture ont entraîné l’émergence d’un système agroalimentaire industriel et mondialisé qui a conduit à une distanciation géographique, économique et cognitive entre consommateurs et producteurs. Ce système alimentaire, consommateur d’énergies fossiles, facteur du dérèglement climatique, de la dégradation de l’environnement et des problèmes sociaux, est aujourd’hui remis en cause. Il apparaît urgent de tendre vers davantage de durabilité, tant sur les plans économique et environnemental que social.

L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture estime qu’en 2050, 70 % de la population mondiale sera urbaine. L’urbanisation accélérée est donc un enjeu majeur du XXI[e] siècle. Afin de subvenir durablement aux besoins alimentaires de cette nouvelle population urbaine, il apparaît nécessaire de revoir la place de l’agriculture et de l’organisation des systèmes alimentaires. La (re)territorialisation de l’alimentation semble être une des pistes de réponse apportées à ces problématiques de durabilité. Reterritorialiser permet de soutenir des systèmes alimentaires qui facilitent la reconnexion entre le consommateur et son alimentation.

L’émergence de nombreuses initiatives à l’échelle du territoire est observée de par le monde. Elle se traduit par diverses formes de reconnexion, de vision et de volonté. La notion de territoire demeure cependant imparfaite et varie grandement en fonction des pays, des acteurs, des problématiques et des enjeux. D’une part, le territoire peut être considéré comme un espace occupé géographiquement par les hommes et délimité par des frontières. D’autre part, le

territoire peut résulter d’une appropriation à la fois économique, idéologique et politique de l’espace. Il émergerait d’un investissement affectif et culturel d’un réseau d’acteurs, sans délimitations géographiques précises. Dans la plupart des cas, un territoire correspond à un mélange de ces deux définitions. Cependant, le territoire peut se détacher complètement d’une délimitation spatiale, pour se virtualiser et ainsi devenir moteur d’une nouvelle géographie alimentaire. L’innovation de la start-up Panjee illustre cette dernière idée. Au travers de cette plateforme interactive reliant producteurs et consommateurs, le territoire, bien que dématérialisé, est présent de par le maillage d’acteurs mis en réseau.

La question de la territorialisation des systèmes alimentaires s’accompagne de celle de leur gouvernance, qui peut s’inscrire à plusieurs niveaux. Cela requiert une approche multiacteurs et multi-sectorielle. Les innovations présentées dans ce chapitre illustrent la diversité des situations.

Ainsi, l’aspiration à la relocalisation des systèmes alimentaires offre des belles opportunités pour les collectivités locales et territoriales. L’alimentation et l’agriculture constituent en effet d’excellents leviers des politiques publiques pour répondre à des enjeux d’éducation, de justice sociale, de santé ou encore d’urbanisation. Dans de nombreux pays, des collectivités, notamment les villes qui émergent comme un acteur incontournable, se saisissent des questions d’alimentation et élaborent des politiques alimentaires à leur échelle. Les villes de Belo Horizonte et São Paulo, au Brésil, ainsi que Medellín en Colombie, développent depuis plusieurs années des politiques alimentaires innovantes. À Montpellier, la politique des agriparcs allie agroécologie et

alimentation en réponse à l’étalement urbain. Ces politiques font suite à des initiatives de la société civile, aujourd’hui soucieuse de pallier les distanciations géographiques, cognitives et économiques.

Le secteur privé est également un acteur de l’innovation dans les systèmes alimentaires. C’est le cas des pôles de compétitivité, comme Qualitropic à La Réunion, ou de la start-up Panjee précédemment citée.

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THEME 03. Nouvelles structures d’économie sociale et solidaire

économie sociale et solidaire (ESS) regroupe des structures qui cherchent à concilier des valeurs d’utilité sociale, de respect de l’humain et de viabilité L’économique.

Ces structures adoptent des formes juridiques variées et leur fonctionnement est souvent participatif. Un autre principe est la lucrativité limitée, c’est-à-dire que les bénéfices sont principalement réinvestis dans la structure et ne rémunèrent pas le capital. L’ESS représente 10 % des emplois en France, avec 200 000 entreprises et 2,38 millions de salariés dans de nombreux secteurs tels que l’alimentation, le logement, les outils financiers, etc. Elle a été institutionnalisée par le gouvernement en 2014 au travers de la loi Hamon, qui a comme objectif de soutenir et de développer ce secteur. Cette loi a permis de reconnaitre l’ESS comme une forme d’entreprendre à part entière.

Les structures de l’ESS dépendent d’une volonté forte des porteurs de projets qui défendent des valeurs autres que l’enrichissement personnel. Cette volonté se retrouve dans les cinq initiatives qui sont présentées et décryptées dans ce chapitre. Chacune de ces innovations s’inscrit dans un contexte propre et répond à un besoin précis.

  • →La Vigne de Cocagne, la première entreprise viticole d’insertion sociale et professionnelle en France.
  • →Bou’sol, un réseau de boulangeries d’insertion.
  • →Les Micromarchés, un réseau de distribution innovant à Nantes.
  • →CoopaParis, une épicerie coopérative du 18[e] arrondissement.
  • →Le Château, un lieu d’innovation à Nanterre autour de l’alimentation durable.
  • Ces innovations traitent donc de thèmes variés

et amènent à réfléchir sur les objectifs de l’ESS. Ils répondent à des enjeux à différentes échelles : depuis des objectifs précis et locaux dans La Vigne de Cocagne jusqu’à des objectifs plus généraux dans Le Château.

Dans plusieurs cas, les activités des projets découlent d’une action collective portée par la société civile qui cherche à se réapproprier l’alimentation sur un territoire et à participer à la gouvernance alimentaire. Ces initiatives peuvent se structurer vers une forme plus aboutie, comme par exemple une SCIC. Nous allons retrouver cette forme juridique dans plusieurs des innovations.

Si les objectifs de l’ESS ne prennent pas en compte directement l’aspect environnemental, ce dernier est clairement présent dans l’ensemble des projets exposés. Dans ces cas, l’ESS s’inscrit alors dans les trois piliers du développement durable : économie, social et environnement. Les auteurs de ce chapitre se sont intéressés à ce sujet car l’ESS représente pour eux l’opportunité de réconcilier l’économie avec les deux autres piliers de la durabilité. Ainsi, comme dans les chapitres précédents, les sujets exposés ici ont vocation à renforcer la durabilité des systèmes alimentaires.

Ils amènent également à réfléchir à d’autres problématiques : la territorialité, la création de filières, la démocratie alimentaire, l’autonomie, etc.

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