L’Insetting via l’agroforesterie  : comment accompagner les entreprises dans des actions climatiques intégrées au sein de la filière cacao ?

LES ACTES DE JIPAD 2017

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MOTS CLEFS : AGROFORESTERIE, INSETTING, FILIÈRE CACAO, ENTREPRISES AGROALIMENTAIRES

ambassadeur de l’Arbre ». C’est en ces termes que se présente PUR Projet, entreprise créée par Tristan « L’Lecomte visant à accompagner une entreprise pour minimiser ses impacts sur l’écosystème dont ses activités dépendent, via l’agroforesterie notamment. Cette approche innovante est appelée Insetting. En effet, dans le contexte mondial actuel où les questions de réchauffement climatique, de déforestation et d’insécurité alimentaire prennent une place de plus en plus importante, il parait nécessaire que les entreprises de l’agroalimentaire, ou toutes entreprises utilisant des matières premières agricoles (MPA), modifient leurs stratégies pour proposer des produits venant de filières durables non seulement sur le plan environnemental, mais aussi sur les plans économique et social. Comment peuvent-elles y parvenir ? PUR Projet propose une réponse à cette question avec l’Insetting via l’agroforesterie.

NAISSANCE DE PUR PROJET

D’Alter Eco à PUR Projet : une évolution au service du développement durable

C’est en 1998, sous l’initiative de Tristan Lecomte, qu’est créée Alter Eco, l’une des premières entreprises du commerce équitable en France. Mais à l’époque, les débouchés apportés par les magasins spécialisés dans les produits équitables ne sont pas assez rémunérateurs pour les producteurs.

Afin de multiplier ces débouchés et de rendre les filières du commerce équitable plus pertinentes, Alter Eco décide en 2002 de commercialiser sa marque dans la grande distribution.

À travers ses visites dans les coopératives des producteurs des pays en développement, Tristan Lecomte réalise les impacts socioenvironnementaux négatifs du réchauffement climatique et de la déforestation. Il propose alors aux producteurs fournissant Alter Eco d’adapter des pratiques agroforestières, sans utiliser d’intrants chimiques de synthèse, afin de lutter contre l’ensemble de ces problèmes. À partir de là, un pôle d’entrepreneurs enthousiastes partageant les mêmes valeurs est venu s’associer à lui pour créer le collectif PUR Projet.

PUR Projet aujourd’hui

PUR Projet est une entreprise (SARL) mais se définit comme un collectif d’une vingtaine d’employés. L’objectif du collectif est d’accompagner les entreprises privées dans une approche de gestion durable des ressources naturelles, à l’intérieur même des filières dont elles dépendent, par la plantation d’arbres. Ceux-ci sont plantés en grande majorité dans les parcelles agricoles pour former des systèmes agroforestiers. Il arrive toutefois que PUR Projet entreprenne des actions de reforestation en dehors des surfaces agricoles.

PUR Projet fait ainsi le lien entre les entreprises partenaires qui financent les projets et les producteurs, à travers leurs coopératives locales. Dans une grande majorité des cas, les entreprises

FIGURE 1. SCHÉMA GÉNÉRAL DE CONSTRUCTION D’UN PROJET D’INSETTING

ne se contentent pas seulement de financer les projets, mais participent aussi à leur développement. De nombreux autres acteurs peuvent intervenir pour apporter une aide financière. C’est par exemple le cas de certaines ONG (Ashoka, AgriNatura, etc.) ou instituts financiers comme l’Agence française de développement (AFD). Des instituts de recherche, des universités (AgroParisTech, Université de Harare, Universidad Nacional UNAL, etc.) ou encore des experts techniques, venant du Centre mondial d’agroforesterie ou d’Ecocert par exemple, peuvent également apporter un soutien d’ordre technique. La figure 1 explique de manière générale et simplifiée les différentes associations entre acteurs dans l’élaboration d’un projet d’Insetting.

Ces projets sont menés en grande majorité dans trois filières structurées à l’échelle mondiale qui sont confrontées à des problèmes de durabilité : le café, le riz, et le cacao. Dans cet article, nous allons nous intéresser au cas de la filière cacao.

LA DURABILITÉ DE LA FILIÈRE CACAO EXISTE-T-ELLE ?

« La filière n’a jamais été durable. Donc sa durabilité n’a jamais était compromise puisqu’elle n’existe pas. Elle est à construire… » observe Stéphane Saj, chercheur du Cirad travaillant dans

l’UMR SYSTEM et spécialisé dans la durabilité des systèmes agroforestiers.

Le cacao est la troisième denrée alimentaire la plus échangée au monde, derrière le café et le sucre. Près de 4 millions de tonnes de cacao ont été produites au cours de la saison 2015-2016. À l’origine de 90 % de cette production, on retrouve plus de 5 millions de petits exploitants possédant moins de 10 ha de terrain. Cette filière peut se répartir en deux zones géographiques : les cacaoculteurs du Sud et les transformateurs, industriels et consommateurs du Nord.

Une crise entre l’offre et la demande

L’augmentation de la consommation de chocolat est de 3 % par an ces dernières années. Elle augmenterait deux fois plus vite que la production du cacao (Basic, 2016). L’une des conséquences de ce ratio est l’instabilité du marché du cacao. De plus, cette filière est principalement contrôlée par une petite concentration de négociants, de grandes multinationales (Nestlé, Mars, Ferrero, etc.) et de distributeurs, causant ainsi une forte pression sur les producteurs qui en dépendent (Basic, 2016). En effet, les estimations montrent que, pour une tablette de chocolat vendue, la part du producteur ne s’élève pas à plus de 7 % contre 51 % pour les transformateurs/fabricants et 28 % pour les distributeurs (Basic, 2016).

Les impacts socioenvironnementaux de la filière

Il faut ajouter à cela les conséquences de cette filière sur l’environnement. La demande croissante de cacao pousse les cacaoculteurs à produire plus, sous l’initiative des entreprises en aval. Mais « le cacaoyer est la plante où le progrès en matière de rendement est le plus faible » constate Philippe Bastide, expert « cacao » au Cirad. L’accroissement de la production n’est donc possible que par l’augmentation de la surface cultivée, et/ ou en pratiquant des modèles intensifs de monoculture, riches en intrants chimiques. Les répercussions environnementales sont bien connues : déforestation, perte de fertilité et érosion des sols, perte de biodiversité (Vaast et Somarriba Chavez, 2014). Des problèmes sociaux sont aussi observés. La production de cacao est souvent liée à des conditions de travail difficiles, au travail des enfants et à un analphabétisme important (Fountain et Hütz-Adams, 2015).

Dans ce contexte, des filières alternatives de cacao définies comme équitables apparaissent. Grâce à des pratiques plus respectueuses de l’environnement et des engagements avec les acteurs promouvant le commerce équitable, comme Tristan Lecomte, les exploitants peuvent vivre dignement de leur travail et investir collectivement dans le développement local. L’agroforesterie est une des méthodes agricoles pratiquées chez les cacaoculteurs du commerce équitable et que PUR Projet soutient. Mais pourquoi l’agroforesterie est-elle intéressante pour cette filière ?

LA CACAOCULTURE AGROFORESTIÈRE AU SERVICE DU DÉVELOPPEMENT DURABLE ?

conventionnels. Dans certains cas, le producteur peut profiter de cet avantage et accéder à des revenus supplémentaires grâce au marché du carbone (Nair et al ., 2009). Grâce au système arbre-culture, l’exploitant peut aussi considérer une diversification de ses produits agricoles en choisissant des arbres à haute valeur ajoutée, comme des arbres fruitiers ou des arbres valorisables par l’industrie du bois. Avec cette diversification et des rendements économiques plus élevés, des emplois supplémentaires peuvent être créés (FAO, 2015).

Cacaoculture et déforestation

La déforestation liée à l’expansion des cultures de cacao, bien que minime par rapport à celle causée par le soja ou le maïs, a tout de même de réelles conséquences à l’échelle locale. Prenons l’exemple de l’Afrique Occidentale, plus grande région productrice de cacao au monde, pour appuyer ces propos. Entre 1990 et 2000 , pour répondre aux exigences des industriels du chocolat, les exploitants de la région ont dû accroître leur production en installant des cacaocultures après abattage de forêts. La figure 2 montre le problème de déforestation survenu dans cette région à cause de la filière du cacao (Sonwa et al ., 2008).

FIGURE 2. CONSÉQUENCE DE LA CACAOCULTURE SUR LA DEFORESTATION DANS LES GRANDS PAYS PRODUCTEURS DE CACAO D’AFRIQUE OCCIDENTALE

Principe général de l’agroforesterie

L’agroforesterie consiste à intégrer de façon habile des arbres dans les systèmes agricoles, que ce soit des cultures ou de l’élevage. Cette pratique ancestrale est aujourd’hui mise en avant car c’est un système d’agriculture qui préserve des écosystèmes productifs et qui est une solution d’adaptation au réchauffement climatique. En effet, les sols deviennent plus fertiles et plus rétenteurs d’eau. Les arbres plantés participent aussi à une séquestration de carbone plus conséquente par rapport à des systèmes agricoles

Pourquoi planter des arbres entre les cacaoyers ?

L’agroforesterie a toujours eu une place importante dans les cacaocultures mais des systèmes de monoculture intensive sont apparus depuis quelques décennies. Cependant, la pérennisation de l’approvisionnement en cacao, en quantité et en qualité, est devenue une question cruciale pour les acteurs en aval de la filière cacao. L’agroforesterie est donc une technique ancestrale qui revoit de plus en plus le jour. De nombreux projets

venant du domaine public, du privé, mais aussi à travers des partenariats public-privé, sont développés dans la filière cacao (Sonwa et al ., 2008). Notons tout de même que dans certaines régions d’Afrique de l’Ouest, les cacaoculteurs ne sont pas assez soutenus pour changer leurs systèmes et adapter une agroforesterie innovante et efficace. Il y a un véritable manque de transmission des nouveaux savoirs et innovations vers ces exploitants (Gockowski et Sonwa, 2011).

Hormis les bénéfices de l’agroforesterie indiqués précédemment, cette pratique agricole présente des avantages spécifiques aux cacaocultures. En effet, un de ses avantages majeurs est d’apporter un microclimat par l’apport d’ombrage, notamment favorable au jeune cacaoyer (le cacaoyer est à l’origine une plante de sousbois) [Tscharntke et al ., 2011]. Cela limite ainsi l’apparition de stress thermique et peut contribuer à limiter le développement de certains bioagresseurs (par exemple, les mirides, principaux ravageurs du cacaoyer en Afrique) [Jagoret et al ., 2014].

De manière générale, il a été montré que les rendements de cacao conduit sous des systèmes agroforestiers étaient certes moins élevés que dans le modèle intensif dans la majorité des cas, mais que cette production restait stable, et cela pendant une cinquantaine d’années. Au contraire, les cacaocultures intensives voient leurs rendements chuter au bout de 20-30 ans, souvent en raison de cacaoyers trop fragiles et de sols de moins en moins fertiles (Jagoret et al ., 2011).

Ces travaux de recherche étayent la thèse de l’intérêt de l’agroforesterie pour améliorer la durabilité des productions de cacao. Par ailleurs, Tristan Lecomte constate les apports durables de l’agroforesterie sur les cacaocultures qui approvisionnent Alter Eco. C’est pourquoi il décide d’utiliser cette pratique agricole dans son approche innovante d’Insetting.

L’INSETTING : UNE INNOVATION DÉVELOPPÉE PAR PUR PROJET

L’Insetting, une action climatique intégrée

La compensation carbone classique, aussi appelée carbon offsetting , est souvent critiquée du fait de sa déconnexion entre l’entreprise et ses impacts réels sur l’environnement. Cette dernière se contente d’acheter des crédits carbone sans

apporter d’intérêt réel à leur production, et sa filière d’approvisionnement ne devient pas plus durable pour autant. PUR Projet ne veut pas d’une compensation classique, dé-corrélée des activités de l’entreprise.

L’Insetting a été développé par PUR Projet et se définit comme une méthode permettant aux entreprises de minimiser leurs impacts et de rétablir un équilibre avec l’écosystème dont elles dépendent, en s’engageant et en investissant dans des projets socioéconomiques et environnementaux. Le but est de renforcer la compétitivité d’une entreprise en régénérant et en préservant sur le long terme les écosystèmes et les ressources qui lui permettent de développer ses activités. C’est une façon innovante de minimiser en interne les impacts au sein même de la chaîne de valeur de l’entreprise. C’est en cela que se démarque PUR Projet.

Démarche générale

Les étapes de la mise en place de projets d’Insetting agroforestier par PUR Projet sont regroupées en trois catégories classiques par rapport à la gestion de projet en général : évaluation et faisabilité du projet ; implémentation et démarrage ; suivi et monitoring. L’efficacité de cette méthodologie est appuyée par PUR Lab, qui développe des protocoles et des outils afin d’identifier, mesurer et interpréter les impacts des projets. PUR Lab est en quelque sorte la branche de recherche de PUR Projet et est née de la collaboration entre ce dernier et différentes parties prenantes des projets : partenaires locaux, universités, instituts de recherche, et entreprises partenaires.

Visions et développement des projets

Le modèle des projets d’Insetting se base d’une double vision. Ces projets partagent tout d’abord une vision holistique du développement durable, en considérant à la fois les impacts de l’entreprise partenaire sur l’environnement dans sa globalité (eau, sols, biodiversité, ressources, énergie) et les impacts pour l’entreprise elle-même et la société. Ensuite, le grand nombre de parties prenantes impliquées dans ces projets nécessite une réelle dimension participative. L’entreprise n’est plus déconnectée de ses fournisseurs, elle participe réellement aux actions engagées sur place, avec les producteurs qui l’approvisionnent.

La plateforme internationale pour l’Insetting

PUR Projet estime que l’Insetting peut devenir une méthode efficace et mondialement reconnue pour lutter contre le réchauffement climatique, la déforestation, et les impacts des filières de produits agricoles. C’est ainsi qu’est fondée en 2013 une association sans but lucratif (ASBL) appelée la plateforme internationale pour l’Insetting (IPI), à l’initiative de PUR Projet et d’Adaptogether, cabinet de conseil visant à améliorer durablement les chaînes d’approvisionnement agricole à long terme. L’IPI est aujourd’hui une plateforme de collaboration entre entreprises, opérateurs de projets, organismes de certification et centres de recherche.

L’objectif de l’IPI est d’encourager le déploiement des pratiques d’Insetting dans les entreprises. Cette réunion de parties prenantes au sein d’une plateforme a pour but de mieux définir l’Insetting dans un premier temps, de faciliter la collaboration sur des projets communs et de promouvoir les meilleures pratiques. Un standard pour l’Insetting est en cours d’élaboration, avec l’ambition d’évaluer l’impact global de l’ensemble des activités d’une entreprise, de son système de management à ses projets d’Insetting.

LES PROJETS D’INSETTING PAR L’AGROFORESTERIE AU SEIN DE LA FILIÈRE CACAO

L’Insetting par l’agroforesterie

PUR Projet se spécialise dans les projets communautaires d’agroforesterie dans lesquels se sont engagées les entreprises à travers le modèle d’Insetting. L’agroforesterie est en effet une bonne alternative agricole, qui demande peu d’investissements économiques pour les entreprises, et qui apporte des bénéfices à l’ensemble des partenaires, que ce soit les producteurs, l’entreprise qui dépend de ces producteurs, ou les autres parties prenantes inclues dans le projet. « C’est un investissement incroyable [un arbre], vous plantez une petite graine et pendant 100 ans il va vous rendre des services écosystémiques gratuits » raconte Tristan Lecomte lors d’un entretien accordé au média Widoobiz en 2013. Depuis, les projets via l’agroforesterie mis en place par PUR Projet sont à l’origine de la plantation de 7 millions d’arbres [Figure 3].

FIGURE 3. BILAN GÉNÉRAL DES ACTIONS DE PUR PROJET

PUR Projet choisit des arbres à forte valeur ajoutée pour les projets. Certains sont destinés à produire du bois, comme l’acajou, d’autres des fruits, comme le goyavier. Au Pérou, un projet a également permis de planter des arbres à vertus médicinales ( Colubrina Glandulosa ).

La filière cacao au cœur des actions de PUR Projet

De nombreuses entreprises qui dépendent de la filière du cacao se sont manifestées auprès de PUR Projet pour développer des programmes d’agroforesterie chez les producteurs qui les fournissent en matière première. C’est Alter Eco qui a montré la voie à d’autres entreprises directement liées au secteur agroalimentaire (Marks & Spencer, Chocolats Halba). Un des grands partenaires de PUR Projet, Accor Hotels, a décidé en 2009 d’initier des approvisionnements directs de leurs hôtels en denrées alimentaires issues de ces projets.

Le cacao n’est pas seulement destiné à l’alimentation. C’est pour cela qu’on retrouve des partenaires issus du monde de la cosmétique comme Melvita. De ce fait, plusieurs projets d’Insetting par l’agroforesterie ont vu le jour notamment au Pérou, en Honduras et au Ghana.

Exemple du projet Aprosacao au Honduras

L’objectif de ce projet, initié par Chocolats Halba et mené localement avec la coopérative Aprosacao et l’ONG locale Helvetas, est de développer une filière de cacao de haute qualité sociale (commerce équitable) et environnementale (agriculture biologique, agroforesterie) au Honduras.

Le projet se décompose en plusieurs axes :

  • →la plantation agroforestière (arbres fruitiers, bois précieux et cacao) sur presque 300 hectares, en partenariat avec environ 400 cacaoculteurs dans l’Olancho, région à proximité du Parc national de Patuca qui a subi une déforestation importante suite à l’arrivée des migrants qui voulaient en faire une zone d’élevage ;
  • →l’accompagnement technique pour mettre en place les parcelles agroforestières ;
  • →la création d’une structure collective pour gérer la fermentation, le séchage et la commercialisation du cacao ;
  • →le soutien à l’amélioration des process de transformation du cacao, en particulier le séchage et la fermentation.

En 2014, le projet avait déjà permis la plantation de plus de 200 000 arbres (PUR Projet, 2014). Les crédits carbone générés par ces arbres sont ensuite vendus en grande majorité à l’entreprise Chocolats Halba. PUR Projet réinvestit alors 70 % des bénéfices obtenus grâce aux ventes dans le projet Aprosacao. Chocolats Halba, en plus de financer une grande part du projet, achète les crédits carbone venant des arbres plantés à son initiative, ce qui permettra le financement du projet sur le long terme. C’est ainsi que cette chocolaterie limite et surtout compense les impacts de son activité au sein même de sa filière et de ses fournisseurs.

UNE DÉMARCHE COLLABORATIVE MULTI-ACTEURS

Au cœur de ces projets d’Insetting, on retrouve de nombreux acteurs. Le financement se fait à travers l’entreprise partenaire mais aussi par levées de fonds mises en place par d’autres parties prenantes qui souhaitent voir les projets se développer (Banque mondiale ou Agence française de développement par exemple). Par la suite, les équipes de PUR Projet travaillent sur place avec des coopératives agricoles (comme ACOPAGRO au Pérou) et les exploitants qui en font partie. Mais quels sont les problèmes rencontrés ?

Les cacaoculteurs et leur communauté

Les bénéfices apportés par ces projets agroforestiers sont facilement repérables pour les populations locales. Par l’agroforesterie, les

cacaoculteurs voient leur revenu net augmenter grâce à de meilleurs rendements et une diversification des produits. Leurs cultures deviennent plus résilientes et les producteurs atteignent une souveraineté alimentaire. Les projets permettent aussi l’accès à l’éducation, et à une cohésion solidaire entre les exploitants. Aujourd’hui ACOPAGRO rassemble plus de 2 000 exploitants. Enfin, PUR Projet aide les exploitants à accéder à des titres fonciers (PUR Projet, 2015).

Mais certaines critiques ont été déployées envers ces types de projet. Il a été noté que dans certains cas, le processus de consultation entre PUR Projet et les collectivités n’a pas toujours été correctement mené (problème de consentement, de compréhension des projets). De plus, PUR Projet a été accusée, via un système de cascade de contrats, de s’accaparer la totalité des droits carbone venant des arbres plantés, ce qui peut être considéré pour certains comme un droit direct sur les terres (Amis de la Terre, 2014). PUR Projet répond à ces critiques en disant que les contrats ont été signés entre les différents acteurs, et qu ’in fine , il est écrit dans leurs engagements que sur 100 euros de crédit carbone, 70 sont réinvestis sur place (Nicot, 2014).

Et qu’apportent ces projets aux entreprises partenaires ?

L’entreprise partenaire, en s’engageant dans des programmes d’actions climatiques intégrées, génère des bénéfices multiples, aussi bien pour les partenaires locaux et leurs écosystèmes que pour elle-même. Grâce à l’intégration de l’agroforesterie au sein de sa filière, son modèle économique devient plus résilient, performant et légitime.

De plus, le contexte de la filière cacao est tendu : il existe un risque de pénurie d’approvisionnement de cacao pour les entreprises concernées. Un des objectifs de l’entreprise partenaire est donc d’assurer son approvisionnement en cacao sur le long terme en valorisant des systèmes agricoles durables. Enfin, ces nouvelles pratiques minimisant les impacts socioenvironnementaux ajoutent de la valeur à la marque de l’entreprise.

Mais le principe de compensation carbone « équitable » que propose PUR Projet à travers ses démarches d’Insetting, et dont bénéficient les entreprises, a été vigoureusement critiqué, notamment par les Amis de la Terre. Ils estiment qu’elle n’est pas si différente de la compensation

carbone classique et que dans les deux cas, l’entreprise cherche seulement à se donner bonne conscience en finançant, via l’achat de crédits carbone, des projets leur procurant une image de marque plus « verte » : c’est ce qu’on appelle du greenwashing .

D’autres moyens plus directs de réduction des impacts socioenvironnementaux existent et ne nécessitent pas de faire appel au marché du carbone. En effet, investir directement auprès de leurs fournisseurs est un autre moyen pour les entreprises de réduire les impacts de leurs chaînes d’approvisionnement.

CONCLUSION

Le principe de réconciliation entre les entreprises et l’écosystème dont elles dépendent par le lancement de projets agroforestiers à l’intérieur même de leur filière paraît être une solution intéressante. C’est cette ambition qu’ont les entreprises en s’associant à PUR Projet. Comme nous l’avons vu précédemment, l’Insetting est une méthode appliquée à la filière agricole dans un objectif de développement durable mais aussi de positionnement marketing pour les industriels. La grande innovation réside surtout dans la nature des acteurs et des objectifs. Les projets d’Insetting apporteraient de multiples bénéfices non seulement pour les entreprises qui décident de les initier, mais également pour les producteurs, et cela grâce aux multiples bénéfices écosystémiques de l’arbre.

Mais travailler en collaboration avec de grosses entreprises peut être mal vu pour certains. Et c’est là le problème que rencontre PUR Projet. C’est pour cette raison que les Amis de la Terre évoquent le greenwashing en considérant que ces projets d’Insetting ne sont qu’un moyen de se donner bonne conscience tout en continuant à polluer, et que la compensation carbone « équitable » reste assez semblable à la compensation carbone en offsetting . Mais selon Tristan Lecomte : « dénoncer le greenwashing encourage l’inaction » (La Tribune, 2015).

On reproche trop souvent aux entreprises de ne pas penser aux conséquences de leurs activités sur le long terme, il serait donc plus judicieux de les encourager quand elles s’engagent dans ce type de démarche. C’est une étape à franchir pour se diriger vers des systèmes alimentaires plus

durables. Tous les acteurs doivent faire partie du débat, y compris les entreprises.

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