Vigne de Cocagne : première exploitation viticole d’insertion sociale et professionnelle en France
LES ACTES DE JIPAD 2017
Vidéo de présentation
MOTS-CLÉS : INSERTION, FILIÈRE VITI-VINICOLE, VIGNOBLE D’INSERTION, INSERTION PAR L’ACTIVITÉ ÉCONOMIQUE
Hérault est un département où l’activité viti-vinicole joue un rôle important non seulement dans l’économie locale, mais aussi dans la préservation des paysages L’et du terroir. Mais aujourd’hui, le secteur fait face à un désintérêt pour les métiers agricoles et une inadéquation entre l’offre et la demande de compétences dans les métiers viti-vinicoles. C’est dans ce contexte que Vigne de Cocagne souhaite proposer une solution innovante apportant une réponse durable, locale et solidaire à la problématique de l’emploi et de la formation dans la filière : un vignoble d’insertion par l’activité économique (IAE).
CONTEXTE ÉCONOMIQUE ET SOCIAL EN HÉRAULT
La région Languedoc-Roussillon est particulièrement tournée vers le domaine viticole. Première région française en termes de surface exploitée avec 236 000 ha, et première région également en production biologique grâce aux 21 036 ha du vignoble régional certifié agriculture biologique ou en conversion en 2015 (Sud&Bio, 2017). Forte du potentiel de ce secteur, la région valorise sa production au travers de nombreux labels AOP et IGP.
Malgré ce dynamisme, la profession viticole connait aujourd’hui des difficultés pour embaucher de la main-d’œuvre qualifiée.
En effet, selon les données de Pôle Emploi, le métier « viticulteur, arboriculteur salarié » est le troisième métier le plus recherché dans l’Hérault, avec 1 829 projets d’embauche en saisonnier
et non saisonnier. Mais là où la difficulté d’embauche ne représente que 13 % des cas pour l’emploi saisonnier, il atteint 41 % pour les emplois non saisonniers (Pôle Emploi, 2016).
Pourtant, le département compte près de 50 000 bénéficiaires du RSA (Pôle Emploi, 2016). D’autre part, le taux de chômage atteint presque 13,9 % (Insee, 2016) dans le département de l’Hérault, dont 44 % de demandeurs d’emploi de longue durée, c’est-à-dire éligibles à l’insertion par l’activité économique.
L’INSERTION PAR L’ACTIVITÉ ÉCONOMIQUE EN FRANCE
Au début des années 80, des actions d’insertion par l’activité économique menées par des acteurs de terrain voient le jour. Ces acteurs ont la volonté de donner la possibilité à des personnes éloignées du monde du travail, ou dans des situations d’exclusion sociale, de reprendre leur « vie en main ». Le processus de reconnaissance du statut juridique des actions d’IAE va évoluer pendant les décennies qui suivent. L’État reconnait officiellement par la loi n°91-3 du 3 janvier 1991 le statut des entreprises d’insertion. En 1998, la loi de lutte contre les exclusions va fixer le cadre légal d’intervention de l’IAE et l’inscrire dans le code du travail. Dans les années 2000 , différents plans de modernisation et réforme de financement vont permettre de moderniser et professionnaliser l’IAE.
D’un point de vue juridique, une entreprise d’insertion « conclut avec des personnes sans emploi rencontrant des difficultés sociales et
professionnelles particulières des contrats à durée déterminée » (extrait de l’article L. 5132-5 du code du travail) et a vocation à se servir des droits et obligations du statut d’entreprise pour embaucher, salarier et accompagner des personnes en difficulté sociale et professionnelle.
LE RÉSEAU COCAGNE : UN EXEMPLE DE RÉUSSITE DANS LE SECTEUR DE L’INSERTION SOCIALE ET PROFESSIONNELLE
Histoire et principes du Réseau Cocagne
Le premier Jardin de Cocagne a vu le jour en 1991 à Chalezeule, dans le département du Doubs, à l’initiative de Jean-Guy Henckel et est porté par l’association Julienne Javel. Ces derniers souhaitent, grâce à cette nouvelle proposition de projet de réinsertion, offrir une diversification des activités aux personnes en situation professionnelle et sociale difficile tout en réduisant « l’exclusion qui touche alors les personnes de culture rurale et agricole » (Henckel, 2009).
La particularité de ce projet est qu’il se place à différents niveaux. Le premier niveau est social, avec la commercialisation des produits, qui est faite en circuit court, auprès de clients qui sont les propres adhérents de l’association. L’objectif est de créer un lien social entre les consommateurs et les personnes en insertion sociale et professionnelle et ainsi valoriser le travail de ces derniers. Le deuxième niveau est environnemental. En effet, la production suit le cahier des charges de l’agriculture biologique.
Le projet rencontre un vif succès et de nombreuses entités (associations, particuliers, collectivités) ont la volonté de le répliquer sur leur territoire. Afin de coordonner et d’accompagner le développement de ces chantiers d’insertion, le Réseau Cocagne est créé en 1999. Aujourd’hui 100 jardins sont présents sur le territoire français et ont permis d’embaucher 4 000 salariés en insertion pour une durée maximale de deux ans (Réseau Cocagne, 2017). La majorité des Jardins de Cocagne sont conventionnés en tant que chantiers d’insertion. Cela signifie que la part de l’activité économique ne peut représenter que 30 % de leur chiffre d’affaires, ce qui signifie une autonomie financière et une capacité de développement limitées. De plus, ce type de structures a vocation à accueillir des personnes très éloignées
de l’emploi ou en perte de repères sociaux. Les chantiers d’insertion sont donc pour certains bénéficiaires une première étape dans la réacquisition du « savoir-être » (ponctualité, sobriété, etc.), du travail en équipe et ainsi une opportunité de retrouver une vie sociale.
Le projet d’essaimage et Cocagne Innovation
L’une des forces du Réseau Cocagne est sa capacité à soutenir et accompagner des porteurs de projets dans la création de nouveaux jardins grâce au service « Essaimage et Développement ». L’accompagnement des projets se fait depuis les premières réflexions du projet jusqu’à la livraison des premiers paniers. Tout au long de la démarche de création d’un Jardin de Cocagne, le réseau apporte de la formation, du conseil et une expertise en matière de gestion de projet, notamment au niveau de l’étude de faisabilité, du diagnostic technique ou encore de la mobilisation de financements.
Ce sont environ quatre nouveaux jardins qui sont créés chaque année avec l’appui du Réseau Cocagne. Mais dans son objectif de recherche et développement, l’association a également développé un projet nommé Cocagne Innovation ayant comme but d’ouvrir le champ d’action du réseau et d’aider au développement de nouvelles structures partageant les valeurs de la charte nationale.
Ainsi a été créé le label « Cocagne Innovation » afin de garantir la qualité méthodologique, sociale, environnementale et économique des nouvelles structures qui intègrent le réseau (Monsaingeon, 2017).
C’est dans cette dynamique et avec le soutien du Réseau Cocagne que Pauline Chatin souhaite réaliser son projet : Vigne de Cocagne.
UN PROJET INNOVANT : VIGNE DE COCAGNE
À la suite d’une expérience professionnelle dans le conseil pour la responsabilité sociétale des entreprises, Pauline Chatin décide de passer son brevet de technicien supérieur agricole (BSTA) Viticulture-Œnologie. Elle réfléchit ensuite à son projet d’installation qui doit répondre selon elle à différents enjeux. Son exploitation devra contribuer à une agriculture durable d’un point de
vue environnemental, être créatrice d’emplois, et fonctionner dans une logique de qualité et de pérennité économique.
C’est en rencontrant des exploitants qui lui ont fait part de leurs difficultés à recruter et à fidéliser de la main-d’œuvre locale, polyvalente et expérimentée que se précise le projet professionnel de Pauline Chatin. Son projet [Figure 1] débutera dès l’automne 2017 sur le site du Domaine de Mirabeau, dans la commune de Fabrègues.
FIGURE 1. LOGO DE VIGNE DE COCAGNE
Un volet social
Les futurs bénéficiaires de ce projet sont des personnes éloignées de l’emploi rencontrant des difficultés sociales et professionnelles particulières. Afin de pouvoir être accueillies au sein de la structure, ces dernières devront être éligibles aux contrats de travail spécifiques de l’insertion par l’activité économique (IAE) :
- →demandeurs d’emploi de longue durée (plus d’un an) ;
- →bénéficiaires du revenu de solidarité active (RSA) ;
- →personnes prises en charge au titre de l’aide sociale ;
- →jeunes de moins de moins de 26 ans en grande difficulté.
Une attention particulière sera portée à la constitution d’un groupe mixte, intergénérationnel avec des profils socioculturels complémentaires et des problématiques différentes.
Vigne de Cocagne proposera des contrats d’insertion (CDDI) de 2 ans. En plus de son contrat
de travail, chaque salarié se verra proposer un contrat d’objectifs personnalisés, portant sur des engagements professionnels, personnels et sociaux, afin qu’il devienne acteur de son parcours d’insertion. Ce parcours d’insertion comprendra deux volets : une formation professionnalisante et un accompagnement social.
La formation professionnelle au métier d’ouvrier viti-vinicole polyvalent se fera principalement par un apprentissage de terrain sur l’exploitation tout au long de l’année et sera réalisée par un encadrant technique dédié. Les employés seront donc formés à tous les travaux de la vigne et aux techniques de vinification, car le vin sera élaboré sur le domaine. La polyvalence est un vecteur d’employabilité, mais aussi de sens, de motivation et d’engagement pour les salariés en insertion.
Le parcours d’insertion aboutira à une formation qualifiante (certificat de qualification professionnelle – CQP ouvrier de l’exploitation viticole) mise en place, évaluée et validée en collaboration avec un centre de formation agricole. Le parcours d’insertion devra également conduire l’ensemble des salariés à l’obtention de trois certificats indispensables à l’exercice du métier :
- →le permis B : il est quasiment indispensable dans un contexte rural pour les trajets domicile-travail et indispensable pour se rendre sur les parcelles et réaliser de petites livraisons ;
- →le certificat individuel pour les produits phytopharmaceutiques, dit « Certiphyto » : il atteste de connaissances suffisantes pour utiliser les pesticides en sécurité et en réduire leur usage. Ce certificat est indispensable, y compris dans le cadre d’une exploitation biologique pour les traitements à base de substances naturelles ;
- →le certificat d’aptitude à la conduite en sécurité (CACES) : il valide la maitrise de la conduite de tracteurs attelés d’un engin.
Mais traiter de la question de l’insertion uniquement par le travail ne suffit pas. Un accompagnement social personnalisé est indispensable. L’accompagnement social des salariés en insertion, réalisé par un accompagnateur socioprofessionnel spécialisé, aura pour objectif de permettre au salarié de :
- →retrouver une assise personnelle en réglant des difficultés de logement, des situations de surendettement, des problèmes de santé, de mobilité, d’isolement social, etc. ;
- →réfléchir et définir un projet professionnel ;
→redevenir moteur de la vie sociale et citoyenne. L’accompagnement socioprofessionnel se fera sous forme d’entretiens individuels à une fréquence assez importante pour assurer un suivi efficace.
Le projet de Pauline Chatin prévoit également de mettre en place des partenariats avec des entreprises du secteur viticole (vignerons indépendants, coopératives, maisons de négoce) afin de favoriser l’accueil des salariés en insertion dans le cadre de stages courts. Á travers ce dispositif de périodes de mise en situation en milieu professionnel (PMSMP), les salariés en insertion auront l’opportunité de découvrir le fonctionnement d’autres entreprises, ainsi que de bénéficier d’un parrainage par un professionnel du secteur. Ce parrainage permettra d’initier une démarche de recrutement en offrant la possibilité aux salariés d’accéder à un réseau d’employeurs potentiels.
Des activités d’expression artistique et culturelle seront mises en place pour permettre aux personnes en insertion de reprendre confiance en elles. Elles permettront de préparer les interactions avec les visiteurs dans le cadre de la commercialisation qui se fera en partie grâce à la vente directe sur le domaine et les activités œnotouristiques qui accompagneront le projet agroécologique.
Un volet agroécologique
Le vignoble d’insertion sera engagé dans une démarche agroécologique développée progressivement. Pour commencer, le vignoble sera conduit en viticulture biologique, après une période de conversion de trois ans. Le choix d’une viticulture biologique est en cohérence avec le besoin social, puisqu’elle est en fort développement et requiert environ 1,5 fois plus de main-d’œuvre que la viticulture conventionnelle (SUDVINBIO, 2016). La viticulture biologique est donc propice à la valorisation du travail manuel et permettra de former les salariés en insertion aux pratiques spécifiques de ce mode de conduite viticole.
Par ailleurs, les pratiques agroécologiques envisagées à moyen terme, comme le développement de l’agroforesterie, la diversification des cultures, etc., viseront à limiter les impacts négatifs de la production viticole sur le milieu, à améliorer la biodiversité présente et à valoriser grâce à la réimplantation de cépages autochtones
un patrimoine génétique local en réduisant les intrants phytosanitaires.
Ces pratiques seront développées en coopération avec les acteurs de la recherche (Montpellier SupAgro, Institut Français de la Vigne et du Vin, Institut national de la recherche agronomique, etc.), afin d’étudier les enjeux techniques et socioéconomiques liés à la mise en place d’une exploitation viticole agroécologique et identifier ainsi les opportunités de développement au sein d’autres exploitations.
Ces initiatives agroécologiques ont pour ambition d’être partagées avec les habitants du territoire et les visiteurs à travers des activités œnotouristiques, comme des visites du vignoble et des ateliers dégustation. Mais le vignoble espère aussi pouvoir proposer, d’ici quelques années, des activités plus innovantes : circuits agroécologiques, ateliers d’assemblage de vin proposés à des particuliers et à des entreprises, activités pédagogiques à destination des écoles et des collèges portées par des acteurs partenaires tels que les écologistes de l’Euzière, des conférences ouvertes à tous et des évènements culturels. Ces activités permettront, de manière ludique, d’éveiller la curiosité et de faire comprendre aux visiteurs les enjeux du maintien d’une agriculture de proximité et de qualité, de la préservation des ressources et de la biodiversité.
Viabilité économique de Vigne de Cocagne
Pauline Chatin va s’installer sur le domaine de Mirabeau à Fabrègues à l’automne 2017. Actuellement, le domaine compte 7 ha de vignes plantées. Dès son installation, elle compte faire une demande d’autorisation de plantations nouvelles pour une surface de 5 ha. L’objectif de rendement de l’exploitation agricole est de 40 hl/ha. Certes, ce rendement est légèrement inférieur aux rendements actuels, 55 hl/ha (Chatin, 2017), ce qui est dû à la conversion en viticulture biologique et à des travaux de taille plus sélectifs afin d’améliorer la qualité de la production. À terme, avec les 12 ha de vignes, Pauline Chatin sera en mesure d’embaucher quatre travailleurs en insertion et un salarié viticole qui endossera le rôle d’encadrant technique. L’accompagnement socioprofessionnel sera confié dans un premier temps à un groupement d’employeurs spécialisé dans la réalisation de ce service.
Pour ce qui est de la commercialisation de son vin, Pauline Chatin souhaite valoriser le plus
possible ses bouteilles grâce à la vente directe sur le domaine, au Réseau Cocagne et ses 20 000 adhérents, à des communautés d’achat direct, à des épiceries coopératives. La vente directe lui permettra en effet de faire connaitre la vocation d’insertion professionnelle et les initiatives agroécologiques du domaine de Mirabeau et ainsi de se construire une notoriété locale.
Positionnement par rapport aux solutions existantes : la création d’un échelon manquant
Dans le département de l’Hérault, seulement 4 % des postes d’insertion sont consacrés au secteur de l’agriculture et de la viticulture (L’Autre Entreprise, 2015). Ils sont proposés par deux types de structures. Les chantiers d’insertion en maraîchage, qui sont portés par des organismes comme la Croix-Rouge Insertion ou T’Hérault d’Insertion, qui a un projet de création d’un Jardin de Cocagne, représentent la première structure. Ces chantiers s’adressent à des personnes très éloignées de l’emploi et envisagent le maraîchage comme un support d’insertion et non comme un débouché professionnel au parcours d’insertion. La deuxième structure est un groupement d’employeurs pour l’insertion et la qualification, le Geiq Oc Agri. Cette structure propose un parcours d’insertion d’un an reposant sur de la prestation de travaux viti-vinicoles. Ce modèle fonctionne avec des personnes relativement peu éloignées de l’emploi car ce parcours requiert rapidité d’apprentissage, productivité et autonomie.
Il existe un chaînon manquant dans l’offre d’insertion par l’activité agricole capable de toucher des personnes éloignées de l’emploi et de leur offrir une formation viti-vinicole professionnalisante. La création du vignoble d’insertion permettra de créer des parcours d’insertion dynamiques en cohérence avec l’offre existante et en collaboration avec les structures d’insertion du territoire. Le chantier d’insertion constituera une porte d’entrée dans un parcours d’insertion pour les personnes les plus fragiles qui auront, si elles le souhaitent, la possibilité de poursuivre leur parcours dans le domaine agricole en rejoignant le vignoble d’insertion pour se former spécifiquement au travail viti-vinicole. Les personnes rencontrant des difficultés dans le parcours proposé par le Geiq Oc Agri, pourront
quant à elles intégrer le cadre plus sécurisant du vignoble d’insertion.
Au niveau national, il existe deux autres types d’acteurs agricoles dans le champ de l’insertion et du médico-social : les établissements et services d’aide par le travail (ESAT), qui embauchent des personnes en situation de handicap et assurent un accompagnement social et professionnel, mais sans objectif de retour à l’emploi en milieu ordinaire, et les entreprises de travail temporaire d’insertion (ETTI), qui embauchent des personnes éloignées de l’emploi pour des travaux en vigne uniquement saisonniers. Les salariés en insertion ne sont donc pas formés à la polyvalence (pas de maîtrise des travaux en cave et des travaux mécanisés) et sortent ainsi du parcours d’insertion avec une employabilité restreinte. Il existe une dizaine d’ESAT viticoles en France, dont deux dans le département (les Compagnons de Maguelone et l’Envol) et le département ne compte aujourd’hui aucune ETTI viticole.
Une société coopérative comme outil d’ancrage dans le territoire
Pauline Chatin souhaite créer son entreprise sous le statut de société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) [Figure 2]. Ce type de société permet d’intégrer de nombreuses parties prenantes dans le projet et a pour objet « la production ou la fourniture de biens et de services d’intérêt collectif, qui présentent un caractère d’utilité sociale » (Article 36 de la loi n°2001-624 du 17 juillet 2001). En effet, dans le système coopératif, une personne égale ou « représente » une voix en assemblée générale, et la « personne » signifie toute personne physique ou morale de droit privé ou de droit public. L’objectif est d’ancrer ce projet dans le territoire en agissant de concert avec les institutionnels et les élus, les acteurs de l’insertion, de la recherche et la filière viticole pour renforcer les dynamiques locales.
La loi précise que trois typologies d’associés définies par leur lien à l’entreprise doivent obligatoirement être représentées :
- →lien de production : les salariés de la coopérative ;
- →lien d’usage : les personnes physiques ou (morales qui bénéficient habituellement, à titre gratuit ou onéreux, des activités de la coopérative ;
- →autre lien : toute personne physique ou morale
FIGURE 2. FONCTIONNEMENT D’UNE SOCIÉTÉ COOPÉRATIVE D’INTÉRÊT COLLECTIF
qui contribue par tout autre moyen à l’activité de la coopérative (usagers, financeurs, collectivités locales, etc.).
Les salariés participeront également à la gouvernance de l’entreprise afin d’être impliqués le plus possible dans les réflexions, tant au niveau technique que managérial, pédagogique ou économique.
L’intégration dans le territoire ne se fera pas qu’au travers de la gouvernance multiparties prenantes. En effet, Pauline Chatin souhaite également créer de nombreux partenariats avec :
- →les prescripteurs (Pôle Emploi, mission locale, etc.) : communication sur l’offre d’insertion auprès des bénéficiaires potentiels ;
- →des structures/entreprises d’insertion du territoire : favorisation de la continuité des parcours d’insertion et mutualiser certaines ressources (Gieq Oc Agri) ;
- →la mutualité sociale agricole (MSA) : actions de promotion liées à la santé et à la sécurité au travail ;
- →le centre de formation professionnelle et de promotion agricole de l’Hérault (CFPPA) : mise en place du parcours de formation diplômant ;
- →des chercheurs de Montpellier SupAgro et de l’Inra : développement de projets d’agroécologie ;
- →des entreprises du territoire du secteur viticole (caves coopératives, négociants, vignerons indépendants) : accueil des salariés en insertion sur des stages courts et proposition de tuteurs, et facilitation des embauches à la sortie du parcours d’insertion ;
- →des institutions culturelles du territoire : développement de projets sur le site.
UNE STRUCTURE INNOVANTE MAIS…
Un statut juridique particulier
L’intégration des parties prenantes à la gestion de la structure dans le cadre d’une SCIC est une stratégie qui peut être très bénéfique à l’entreprise, mais qui peut également au contraire la ralentir. Il sera en effet important de réfléchir aux parties prenantes qui seront intégrées pour éviter tout conflit entre celles-ci. De plus, l’intérêt et la motivation des coopérateurs seront une des clés de la réussite du projet. On peut prendre pour exemple le Domaine du Poirier du Loup situé en Belgique, qui est une coopérative à finalité sociale et qui
accueille des personnes en insertion dans le cadre de leur formation en horticulture par l’association La Toupie. Tous les membres de la coopérative font partie de l’assemblée générale, mais la participation aux travaux sur le domaine est un critère obligatoire pour pouvoir faire partie du conseil d’administration selon la législation belge en vigueur. Ainsi, dans le cas de ce domaine, la mairie détient une part importante du capital mais ne fait pas partie du conseil d’administration car ne participe pas aux activités de la coopérative.
Selon la législation française, le vote peutêtre organisé par collège et avec une pondération des voix entre 10 et 50 %. Les pourcentages sont « répartis en fonction de la participation [des parties prenantes] à l’activité de la coopérative ou de leur contribution à son développement (…) sans que, dans ces conditions, l’apport en capital constitue un critère de pondération » (Article 19 octies de la loi du 10 sept 1947). Il apparait donc judicieux de réfléchir à la rédaction des statuts au sein de la SCIC.
Les enjeux de l’encadrement
Dans le cadre de l’insertion par l’activité économique, les bénéficiaires sont des personnes généralement en perte de repères sociaux et en décrochage avec le monde du travail. Comme le rappelle M. Crucifix, responsable de formation à l’association d’insertion la Toupie, il faut prendre en compte les spécificités de ce public bien particulier. En effet, une personne ayant des problèmes sociaux pourra présenter des difficultés à se concentrer car elle aura l’esprit accaparé par ses problèmes personnels. Ou, dans le cas de programmes d’insertion, la motivation n’est pas forcément au rendez-vous dès le début de la formation. M. Crucifix insiste donc sur la nécessité de « responsabiliser les salariés » et de ne pas avoir de « comportement paternaliste » (Crucifix, 2017). Un contrat les liant à la structure d’accueil, les salariés doivent donc produire le travail pour lequel ils se sont engagés, quitte à se confronter à leurs propres difficultés et à devoir accepter l’erreur.
Pour accompagner Pauline Chatin dans la formation des personnes que la structure va accueillir dans le cadre de l’IAE, un encadrant devra être embauché. Il sera donc important de trouver une personne qui soit un technicien expérimenté et
qui ait l’envie de travailler avec des personnes en difficulté. Il devra être en mesure de les responsabiliser et de les rendre petit à petit autonomes dans leurs activités. Cet encadrant devra s’intéresser au management des salariés et de la structure. En effet, son implication sera requise pour les évaluations des personnes en insertion et les décisions quant à leur avenir dans la structure. La question qui pourrait se poser et qui apparait régulièrement au sein du Réseau Cocagne est la suivante : faut-il choisir un encadrant technique formé au social ou un encadrant social formé au technique ?
Une reproductibilité du projet sous conditions
Pauline Chatin souhaite grâce à Vigne de Cocagne prouver la capacité d’autofinancement ainsi que l’impact social de ce type de projet. À moyen terme, elle envisage de faire essaimer son projet.
Si les conditions climatiques et pédologiques du domaine de Fabrègues sont un avantage dans la réussite technique de la Vigne de Cocagne, la personnalité de Pauline Chatin conditionne clairement la réussite de ce projet. Comme l’a précisé M. Deplanche, qui est chargé de développement à la fédération des entreprises d’insertion de la région Occitanie : « avoir la fibre entrepreneuriale est une nécessité pour la réussite d’un projet comme celui-ci » (Deplanche, 2017). L’essaimage de ce type d’entreprise est donc possible dans d’autres contextes mais sous réserve que le profil des entrepreneurs soit approprié.
CONCLUSION
La Vigne de Cocagne s’inscrit donc pleinement dans le domaine de l’économie sociale et solidaire de par son statut de SCIC, qui lui assure une gouvernance démocratique et un ancrage territorial fort, ainsi que par ses activités fondées sur les principes d’utilité sociale, de respect de l’homme et de l’environnement.
Dans le cadre du Réseau Cocagne, le support de d’insertion est la production végétale. On connait de nombreuses expériences mettant en contact des personnes en difficulté avec des animaux, tel l’équi-thérapie. Ne pourrait-on pas envisager une diversification des supports d’insertion dans le domaine de l’élevage ?
BIBLIOGRAPHIE
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Entretiens
CHATIN P., porteur de projet Vigne de Cocagne, entretien le 09/01/2017 à Montpellier.
CRUCIFIX M., responsable de formation à la Toupie, entretien le 18/03/2017 à Torgny.
DEPLANCHE L., chargé de mission développement de projet, fédération des entreprises d’insertion, entretien le 09/03/2017 à Montpellier.
MONSAINGEON B., responsable « Essaimage et Développement » chez Réseau Cocagne, entretien téléphonique le 21 février 2017.
PÔLE EMPLOI, 2016. Enquête Besoins en main-d’œuvre 2016 . Disponible sur Internet : http://statistiques.poleemploi.org/bmo/static/bmoenquete2016 [consulté le 11/01/2017]
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